La main des sourds

Quand les sourds prennent la parole

L’association Bébian, un autre monde lutte pour favoriser les échanges entre les communautés sourde et entendante. La conférence organisée dernièrement sur le thème de la culture et de l’identité sourde a attiré plusieurs centaines de personnes. Elle avait pour objectif d’ouvrir un espace de parole aux sourds du département et une fenêtre sur l’histoire et la culture des sourds en général.

La conférence sur les sourds de Guadeloupe qui s'est tenue aux Abymes a attiré un large public.

Victor Abbou

Une première en Guadeloupe… Et elle n’a pas laissé indifférent. La conférence organisée dernièrement sur le thème de la culture et de l’identité sourde a attiré plusieurs centaines de personnes. Programmée au centre Sonis des Abymes, elle avait pour objectif d’ouvrir un espace de parole aux sourds du département et une fenêtre sur l’histoire et la culture des sourds en général.

Pour cela, le public a eu droit aux interventions de deux conférenciers sourds de grande notoriété. Le premier était Victor Abbou, comédien, pionnier en France du théâtre sourd et de l’enseignement de la langue des signes française (LSF). Il a joué un rôle important dans la mise en place de la profession d’interprète en LSF. Le second intervenant était Fabrice Bertin, écrivain, professeur d’histoire-géographie et chargé de cours à l’université Paris VIII-Saint-Denis.

Un handicap stigmatisé
Victor Abbou a livré à l’auditoire un discours aussi pédagogique qu’émouvant. Un discours sur le thème de sa langue interdite et de sa renaissance par le théâtre. Relayé par deux interprètes professionnelles, l’artiste a exprimé avec autant d’intensité que de sobriété l’oppression subie durant son enfance. La surdité était alors stigmatisée comme de la stupidité et provoquait l’exclusion : « Les entendants disaient qu’on ressemblait à des singes » , a-t-il raconté.
Après 1977, date à laquelle la langue des signes fut officieusement réhabilitée en France (elle avait été interdite en 1880, lors du congrès de Milan, au profit du courant pédagogique oraliste, et ne sera réautorisé qu’en 1991), Victor Abbou renaît progressivement, se redresse et prend sa place avec force et talent. « Avant, j’étais comme un enfant sauvage. Avec la langue des signes, j’ai appris à me contrôler, à me construire, à organiser ma pensée. Il a fallu que la chape de plomb se soulève. »
Mais son ascension dans la vie, Victor Abbou la doit surtout à sa rencontre avec Jean Grémion et Alfredo Corrado, les deux fondateurs du premier théâtre sourd de France (l’International Visual Theatre). Il va s’engager à leurs côtés et sa vie va radicalement changer.

« Chacun a des talents cachés à l’intérieur de lui. Dans notre groupe de comédiens, nous avons tous été métamorphosés par cette expérience. Nous avons changé de métier et occupons tous, à présent, des postes à responsabilité. »

Fabrice Bertin

L’intérêt du bilinguisme

Il a cependant fallu attendre 2005 pour qu’une loi préconise l’enseignement en LSF dans les établissements scolaires en France. Et de pédagogie, il en était justement question avec l’intervention de l’enseignant, écrivain et historien Fabrice Bertin. À travers des témoignages filmés d’enseignants et de parents d’enfants sourds, l’intérêt du bilinguisme a été évoqué. On entend par bilinguisme la maîtrise des langues des signes et de la lecture/écriture du français. Grâce à cela, les enfants sourds disposent des outils linguistiques nécessaires pour acquérir des connaissances.

Fabrice Bertin a en outre évoqué le tout récent Capès de LSF (mars 2010, 1re session), et pose les questions relatives à ces nouvelles mesures. Il a également présenté, avec la Librairie générale Jasor, son livre Les sourds, une minorité invisible, publié aux éditions Autrement. Dans cet ouvrage, il décrypte la construction historique et anthropologique d’une véritable culture des sourds. C’est la première synthèse historique présentée par un sourd depuis Auguste Bébian et son élève et ami sourd, Ferdinand Berthier, au XIXe siècle.

Bébian, un auguste enseignant

L’association Bébian, un autre monde est née le 4 août 2009 et s’organise autour de deux axes : d’abord « la diffusion, la connaissance et la reconnaissance de la culture sourde en Guadeloupe, notamment par le biais de l’information sur le personnage d’Auguste Bébian (1789-1839). Ce personnage méconnu, né et mort en Guadeloupe, a été l’une des personnes phares de l’histoire sourde. Il fut le premier pédagogue entendant à utiliser la vraie langue des signes française dans la scolarité des jeunes sourds. L’association entend également « ouvrir des espaces de paroles, d’information et d’expression, et favoriser toutes actions qui permettent les échanges entre les communautés sourde et entendante » .
– Contact : association Bébian, un autre monde, maison Valentino Erick Labrousse, 97190 Gosier. Tél. : 06 90 37 39 27. Courriel : genevieve.pomet@wanadoo.fr
Source : http://www.guadeloupe.franceantilles.fr © 12 Mai 2010 à Guadeloupe
3 commentaires
  1. claudine RAMSAMY dit

    je m’appelle Claudine RAMSAMY (sourde) et je vis en Guadeloupe (971) et je participe un bénévole d’association Bénévole un autre monde et j’ai qualifié le perfectionnement de secrétariat pour le compétence de comptabilité et les entendants peut me faire la tromperie des sourds.

  2. Masson dit

    J aimerais connaître le statut de votre association bebian. Pourriez vous me l envoyer, svp
    Merci par avance
    Francoise

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