La main des sourds

Des livres pour briser le mur du silence

Intégration. L’Union des sourds a mis sur pied une bibliothèque qui veut aider la communication entre les malentendants, les entendants, les parents.

Martin est haut comme trois pommes. Il n’est pas sourd. Ses parents non plus. Pourtant quand il veut parler, ce samedi-là, ce sont ses mains qui prennent la parole. Il raconte l’histoire d’un dauphin. « Apprendre le langage des signes, c’est juste l’apprentissage d’une langue. Et puis c’est plus facile quand on est petit ». Pourquoi ? « La solidarité, un plus, une ouverture sur le monde ». Le président René Bezelgues sourit. Il tente de lire sur vos lèvres l’intitulé exact de la question. Une traductrice, « juste motivée, sans malentendants dans son entourage », précise le sens des mots. « Quand on parle, on n’imagine pas la difficulté pour eux de comprendre les intonations, la prononciation. C’est encore pire quand on parle avec une cigarette dans la bouche ou en mâchant un chewing-gum. » Ces gens-là, qui parlent la bouche pleine, n’ont pas encore approché ce monde du silence où les mains s’agitent souvent, donnant aux observateurs le relief exact de la conversation. « Il y a encore une erreur que l’on fait trop souvent », ajoute la traductrice venue de Xaintrailles, « on parle de sourds-muets ». Les sourds ne sont pas muets a priori. Ils n’ont jamais parlé puisqu’ils n’entendent pas ». On peut être sourd sans être muet. « Et la surdité, cela peut venir de naissance, d’un accident, d’une maladie ». En clair, personne n’est à l’abri de ce type de problème. « De toute façon, professionnellement, c’est considéré comme un handicap ». Mais, autre fausse idée, « les sourds et malentendants travaillent le plus souvent ». Et ils rêvent comme les autres d’un avenir brillant pour leur progéniture. « C’est la raison d’être d’une bibliothèque réactivée en fin de semaine dernière dans les locaux de « La Fermette ». Cette bibliothèque fait partie d’un programme plus large d’actions inscrites dans le REAAP (réseau d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents) cofinancé par la MSA, la CAF ou la DDASS. « Il s’agit de promouvoir la culture sourde et d’améliorer l’environnement éducatif, familial et social des sourds ». La bibliothèque, c’est une variété de livres sur la surdité (langue des signes française, linguistique, psychologie, médical, histoire…) qui souhaitent répondre aux besoins d’information des parents d’enfants sourds. « En particulier l’accompagnement de la maternelle à l’université ou encore sur la pédagogie dans une éducation bilingue ». Et cette volonté de briser le mur du silence, l’association la conforte au travers de cours de langue des signes. « J’ai 80 apprenants sur le Villeneuvois et, bien sûr, tous ne sont pas sourds ». La démonstration, au fond, aidé en cela par des initiatives comme la scolarisation d’enfants sourds dans une école traditionnelle (Clément-Marot) que le regard des autres change.

René Bezelgues, fax. 05 53 41 42 35 ; courriel. usav47@gemail.com

« Quand on parle, on n’imagine pas la difficulté pour eux de comprendre les intonations, la prononciation. C’est encore pire quand on parle avec une cigarette dans la bouche ou en mâchant un chewing-gum. »


En 1760…

L’abbé Charles Michel de l’Épée fut, en 1760, le premier entendant connu à s’intéresser aux modes de communication des sourds-muets en observant un couple de jumelles sourdes communiquer entre elles par gestes ; il découvre l’existence d’une langue des signes. Il décide alors de regrouper les enfants sourds pour les instruire. Il apprend lui-même la langue des signes grâce à ses élèves et démontre les progrès obtenus jusque devant la Cour de France. C’est ainsi qu’il peut ouvrir une véritable école pour sourds qui deviendra l’Institut national des jeunes sourds.

Une antenne de cet institut existe aujourd’hui à Gradignan dans la banlieue bordelaise.

Source : http://www.ladepeche.fr © 23 Février 2010 à Villeneuve-sur-Lot

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