La main des sourds

La force du silence (1/4)

LE COMITÉ D’ORGANISATION DES 21e DEAFLYMPICS D’ÉTÉ

Le tout nouveau Stade de Taipei, pourvu d’une piste d’athlétisme de 400 m et de 20 000 places assises, accueillera les cérémonies d’ouverture et de clôture des Deaflympics.

S’il est un moment que Chao Yu-ping, le secrétaire général de l’Association sportive des sourds du Taipei chinois (CTSAD), n’est pas prêt d’oublier, c’est bien celui qu’il a vécu le 28 février 2003 en compagnie de Chi Cheng, médaillée de bronze aux Jeux olympiques de 1968 et présidente honoraire de la Fédération d’athlétisme du Taipei chinois. Avec les autres délégués taiwanais présents ce jour-là en Suède pour le 38e congrès du Comité international des sports pour les sourds (ICSD), dont la CTSAD fait partie depuis 1991, ils ont versé des larmes de joie quand Taipei a été désignée pour accueillir les Deaflympics d’été 2009, battant Athènes, en Grèce, par 52 voix contre 32.

Ce choix signifiait aussi que, pour la première fois depuis leur création, en 1924, les Jeux mondiaux des sourds, une compétition exclusivement dédiée aux personnes présentant une déficience auditive, seraient organisés en Asie. Les Deaflympics, leur nouveau nom officiel depuis 2001, auront lieu à Taipei du 5 au 15 septembre 2009. Ils sont, avec les Jeux olympiques, paralympiques et olympiques spéciaux, l’un des quatre événements sportifs internationaux officiellement reconnus par le Comité international olympique.

En février 2008, à Taipei, le maire de la ville, Hau Lung-bin (au centre, en blanc), a lancé la campagne de promotion des Deaflympics et appelé la population à apprendre des rudiments de langue des signes.

La CTSAD a été le principal artisan de la candidature de Taipei. Pour cela, elle s’est assuré l’appui du ministère des Sports, du Comité olympique du Taipei chinois et de la municipalité de Taipei. Après le dépôt du dossier de candidature taiwanais, en août 2002, elle a particulièrement soigné la visite à Taipei de John Lovett, alors président de l’ICSD, venu inspecter les équipements et les enceintes sportives de la ville. A cette occasion, une série d’entrevues a été organisée avec les responsables politiques de l’époque, le président de la République, Chen Shui-bian, le ministre des Sports, Lin Te-fu, ou encore le ministre de l’Intérieur, Yu Chen-hsien. John Lovett s’est alors dit impressionné par le soutien dont bénéficiait sur place l’équipe porteuse de la candidature de Taipei.

« Du point de vue des équipements sportifs, admet Chao Yu-ping, Taipei souffrait de la comparaison avec AthènesMais nous étions confiants dans notre sens du service et notre compétence en matière d’organisation d’événements. » Depuis sa création en 1997, la CTSAD avait déjà à son actif la préparation de nombreux tournois. En 2000, elle avait organisé dans la capitale les 6e Jeux pour les sourds d’Asie-Pacifique, qui avaient attiré environ 1 000 athlètes en provenance de 23 pays. Et elle pouvait compter sur l’appui des différentes agences gouvernementales en termes de financement, de ressources humaines, de mise aux normes des installations sportives, d’entraînement des athlètes et de promotion.

Des milliers de sportifs

En 2005, à Melbourne, en Australie, 2 045 athlètes en provenance de 63 pays avaient pris part à la compétition. On en attend le double à Taipei, dit Emile Sheng, le directeur du Comité d’organisation de ces 21e Deaflympics. Ils concourront dans 20 disciplines allant de l’athlétisme au badminton, en passant par le basket-ball, le bowling, le football, le karaté, la natation et le tir. De plus, quelques jours avant l’ouverture des Jeux, les délégués des 101 pays membres de l’ICDS se rassembleront à Taipei pour la conférence annuelle de l’organisation.

« Nous faisons tout notre possible pour que cet événement soit un succès, car Taipei représente pour l’occasion non seulement Taiwan mais aussi toute l’Asie, note Emile Sheng. La plupart des athlètes occidentaux ne sont jamais venus en Asie. A travers cet événement, nous espérons aussi que la communauté internationale pourra mieux connaître Taiwan. »

Déjà présente à Melbourne en 2005, la joueuse de bowling Chang Yao-chien espère décrocher l’or à Taipei.

Les épreuves sportives, poursuit-il, auront lieu principalement au Stade de Taipei, au Taipei Arena et au centre sportif de Zhongshan, tous trois situés au cœur de la capitale. Le Stade de Taipei, flambant neuf, comprend une piste d’athlétisme longue de 400 m et un espace d’échauffement de 300 m. D’une capacité de 20 000 places assises, il a été certifié par l’Association internationale des fédérations d’athlétisme et par la FIFA, la Fédération internationale de football Association.

En plus des cérémonies d’ouverture et de clôture, le stade abritera les épreuves d’athlétisme et de football. Les autres sites, répartis dans les districts de Taipei, Taoyuan et Hsinchu, ont tous été rénovés pour satisfaire aux normes internationales.

Comme le souligne Emile Sheng, une compétition internationale de cette ampleur laisse derrière elle un certain nombres d’équipements construits ou agrandis pour l’occasion, et qui bénéficient ensuite à tous. Ainsi, le Stade de Taipei pourra dans le futur accueillir des compétitions sportives en tout genre et renforcer les dossiers de candidature de Taiwan pour l’organisation d’autres compétitions d’envergure mondiale.

L’une des particularités des Deaflympics réside dans les équipements de signalisation et d’affichage utilisés tant pour le déroulement des épreuves que pour l’information en temps réel du public. Le comité d’organisation a notamment sollicité des fabricants insulaires pour le développement de signaux lumineux pour les départs. Il a également fait l’acquisition d’un système de communication permettant aux athlètes sourds de s’entretenir avec leurs proches. Grâce à cet équipement, la personne déficiente auditive peut communiquer par vidéo en langue des signes avec un interprète localisé dans un centre d’appel, lequel effectue une traduction simultanée à l’attention de son interlocuteur à l’autre bout de la ligne. Ce service, disponible 24h/24, restera en place après les Deaflympics et bénéficiera à l’ensemble des sourds de Taiwan, assure Emile Sheng.

 

8 600 volontaires
Le moyen de communication principal des personnes sourdes ou malentendantes reste toutefois la langue des signes. Alors qu’il était prévu de recruter 4 000 bénévoles pour assurer l’accueil des athlètes et les guider tout au long de la compétition, plus de 8 600 personnes se sont portées volontaires. La plupart sont des étudiants. Tous ont suivi une formation à la langue des signes assurée à différents niveaux par l’Université nationale d’éducation et l’Université municipale d’éducation, à Taipei.

« Avec près de deux volontaires pour un athlète sourd, je pense que nous sommes en mesure d’assurer un service de qualité, afin que les sportifs se sentent à l’aise, tout en faisant l’expérience de l’enthousiasme et de la gentillesse des Taiwanais. Et pour les bénévoles, de tels échanges sont également enrichissants », dit Emile Sheng.

Pour orchestrer les cérémonies d’ouverture et de clôture, les organisateurs ont fait appel au metteur en scène Stan Lai, assisté des producteurs de télévision Wang Wei-chung et Chang Hsiao-yen. La cérémonie d’ouverture racontera l’histoire artistique, culturelle et religieuse de Taiwan, à travers plusieurs tableaux mêlant danse, théâtre et musique. Quelque 5 000 figurants, dont de nombreux sourds et malentendants, ainsi que 2 000 membres des forces armées, prendront part à ces deux spectacles.

« Un des buts des Deaflympics est de faire réaliser aux personnes entendantes l’effort que les sourds doivent accomplir pour réussir, et ainsi faire qu’elles accordent davantage d’attention à leurs besoins, poursuit Emile Sheng. C’est pourquoi nous comptons inviter les athlètes présents aux Deaflympics à participer à différentes activités de manière à ce que le public puisse s’inspirer de leur détermination. »

A Melbourne, lors des précédents Deaflympics, Wen Zhi-xuan a remporté trois titres olympiques en tennis de table.

Dana Tai, la ministre des Sports, rappelle qu’en raison du statut international de Taiwan, il n’est pas facile pour l’île de se voir confier l’organisation d’événements multisports internationaux. Aussi, espère-t-elle, accueillir coup sur coup les Jeux mondiaux, à Kaohsiung en juillet dernier, et les Deaflympics, à Taipei en septembre, ouvrira la voie à d’autres opportunités du même type, tout en renforçant l’image et la visibilité internationale de l’île.

Dana Tai, elle-même ancienne athlète ayant représenté Taiwan aux Jeux olympiques de Montréal en 1976, dit parfaitement comprendre la difficulté de poursuivre une carrière sportive, en particulier pour les personnes handicapées physiques ou mentales. Aussi, au début de l’année, le ministère des Sports a promis, pour ces Deaflympics, de faire passer de 750 000 à 900 000 dollars taiwanais la récompense décernée à chaque Taiwanais médaillé de bronze ou d’argent. Les médaillés d’or pouvant même espérer décrocher 1,35 million de dollars, ainsi que des postes d’entraîneurs dans les écoles accueillant des handicapés. Pour leur préparation, les athlètes ont également pu compter sur le soutien de l’Etat, qui a accordé une bourse mensuelle à quiconque décidait de suspendre son activité professionnelle pour s’entraîner en vue des Jeux.

Aux Deaflympics 2005, à Melbourne, l’équipe taiwanaise, forte de 45 membres, a remporté 16 médailles – neuf d’or, quatre d’argent et trois de bronze – prenant ainsi la cinquième place au classement général derrière l’Ukraine, la Russie, l’Afrique du Sud et les Etats-Unis. A Taipei, la délégation insulaire comptera pas moins de 159 athlètes, encadrés par 35 entraîneurs. «Notre objectif est bien sûr de faire mieux que notre performance de Melbourne », confie Chao Yu-ping de la CTSAD. Et ce dernier de citer le bowling, le taekwondo, le karaté, la natation et le tennis de table parmi les disciplines offrant les meilleures chances de médailles pour Taiwan.

Des volontaires des Deaflympics disent « Taipei » en langue des signes.

En 2005, à Melbourne, Chang Yao-chien était membre de l’équipe féminine de bowling du Taipei chinois. Cette participation a renforcé sa confiance en elle et élargi son horizon, explique-t-elle. « Chaque athlète caresse le rêve de monter sur le podium olympique et de recevoir les lauriers de la victoire. Avec ambition et sans ménager mes efforts, je ferai de mon mieux aux Deaflympics de Taipei et j’espère que tout le monde viendra m’encourager. »

Pour Lin Wen-fang, une karatéka, l’envie de décrocher l’or est aussi ce qui lui a permis de venir à bout de toutes les difficultés rencontrées sur le chemin. Souvent, dit-elle, elle s’est trouvée écartelée entre le besoin de gagner sa vie et celui de se préparer pour la compétition. Après le travail, elle se précipite au gymnase où elle s’entraîne tous les soirs de 19h à 22h.

Soutien populaire

Afin d’assurer le succès de ces Deaflympics, le maire de Taipei, Hau Lung-bin, a appelé les habitants de la capitale à soutenir l’événement et à montrer au monde la passion, la gentillesse et l’attention aux minorités qui caractérisent selon lui la ville. Depuis plusieurs mois, expositions, défilés et spectacles se succèdent pour promouvoir auprès de la population les Deaflympics, dont les porte-parole sont l’ancienne star de la NBA Scottie Pipen et la chanteuse pop taiwanaise A-mei. La population est également encouragée à apprendre quelques rudiments de langue des signes pour manifester son soutien aux athlètes.

Organiser les Deaflympics permettra de mieux faire connaître la culture des sourds, pense Chao Yu-ping. « Aux Deaflympics, les sourds sont seuls sur scène et peuvent montrer leurs qualités athlétiques. Mais en fin de compte, le but ultime de cette compétition est de promouvoir l’égalité à travers le sport. »

Source : http://taiwanauj.nat.gov.tw © 01 Septembre 2009 à Taipei

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