Émilie Dert, la communication en un tour de main

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A 30 ans, la Stéphanoise est l’une des rares interprètes en langue des signes française/français. Un métier méconnu, pratiqué par seulement 300 professionnels en France

« On est autant interprète pour les uns que pour les autres », juge opportun de préciser Émilie Dert

Émilie Dert est une trentenaire très convoitée. Ils sont de plus en plus nombreux à lui demander sa main. Ses mains plus exactement. A 30 ans, cette Stéphanoise est interprète en langue des signes française/français. C’est un vrai métier. Certes, méconnu et peu pratiqué: ils ne sont que trois cents en France pour 100 000 sourds. Soit un interprète pour 300 sourds.

Mais encore faut-il que ces déficients auditifs maîtrisent la langue des signes française (LSF). Attention, ce n’est pas un langage, mais une vraie langue, reconnue par une loi depuis 2005. Elle n’est, certes, pas orale, comme le français, mais visio-gestuelle.

Émilie l’a découverte « par simple curiosité» lors de cours du soir. «Ça m’a beaucoup plus. Sans doute parce que c’est très corporel» reconnaît la jeune femme, habituée à s’exprimer avec son corps, puisque comédienne amateur.

Difficile de pratiquer cette langue au quotidien. Il n’existe en effet «pas de pays des sourds». Elle décide donc de partir à leur rencontre. L’étudiante en sciences du langage à l’université trouve sa vocation: elle ne sera pas interprète français-allemand, comme elle l’envisageait, mais en langue des signes. Titulaire d’un bac +4, elle choisit de s’inscrire à Paris, l’un des quatre écoles de l’Hexagone. « Seuls les bilingues, maîtrisant donc déjà la LSF, sont admis. Là, elle apprend la technique, bien sûr, mais aussi les règles éthiques: la neutralité (ne pas intervenir dans les échanges), la fidélité (tout traduire, même si les propos sont choquants ou en désaccord avec ses opinions). Et surtout le respect du secret professionnel. Au terme d’une année – deux ans aujourd’hui- elle est interprète professionnelle.

Immédiatement, elle est embauchée dans l’association Cles (Créer des liens entre entendants et sourds), basée 17 rue Thimonnier à Saint-Étienne. En 1994, elle est seule à occuper ce poste. Émilie épaule ainsi certains adhérents pour des rendez-vous personnels, chez le médecin, à la banque… Et grâce à la mise en place, en 2005, de la prestation de compensation du handicap (PCH), un forfait surdité de 300 euros permet de bénéficier des services d’un interprète 5 à 6 heures par mois. La demande explose. Et pour cause. Jadis, seules les familles maîtrisant, peu ou prou, la langue des signes accompagnaient les sourds dans leurs démarches quotidiennes. Difficile d’avoir une vie privée, un jardin secret.

D’un interprète salarié, Cles quadruple ses effectifs. D’autant que la loi de 2005 pour l’égalité des chances, la participation à la citoyenneté, oblige les pouvoirs publics à offrir les services d’interprètes à ses usagers sourds.

La municipalité stéphanoise joue particulièrement le jeu: Émilie assure une permanence à l’hôtel de ville de Saint-Étienne, tous les mardis de 14 heures à 16 heures. Chacun peut faire appel à elle, dans le hall de la mairie. Elle a, aussi, traduit la dernière cérémonie des vœux à la population de l’équipe municipale stéphanoise.

Tout le monde ne s’implique pas autant pour rendre la communication des sourds plus aisée. Émilie pointe, notamment, du doigt le CHU: « C’est une infirmière qui maîtrise approximativement la langue des signes qui intervient auprès des malades.» De quoi courroucer l’interprète professionnelle sur les problèmes de déontologie induits. Son métier réserve un avenir florissant. Beaucoup de terrains sont encore laissés en friche.

Certes, il faut pouvoir s’assurer financièrement ses services, facturés entre 45 et 100 euros. Une différence tarifaire comprenant la préparation: on ne traduit pas un colloque pointu techniquement comme un simple rendez-vous chez le médecin. «Nos salaires démontrent le manque de reconnaissance de notre profession. Nous ne sommes pas payés comme des interprètes, mais sur la grille des éducateurs spécialisés», déplore la jeune femme. Pourtant grâce à elle, la communication entre les sourds et les entendants est entre de bonnes mains

Source : http://www.leprogres.fr © 23 Janvier 2010 à Saint-Etienne

2 COMMENTS

  1. Bonjour à vous, derrière le Net !

    j’aimerai trouvé une formation de LSF, dans la région Rhône-Alpes. Dernièrement échaudée d’une formation trop rapide et peu documentée, j’aimerai plutôt le style de formation sérieuse, avec des polycopiés, photocopies et surtout images des signes à reproduire ?

    Merci de m’informer de toute association ou centre de formation sérieux, j’y tiens, pour avoir un apprentissage échelonné et peu à la fois, pour que l’évolution des progrès se fasse en douceur. Salutations dévouées.

    • une très bonne formation car faite par une formatrice sourde d’une extrême gentillesse et qui ne fait sa formation qu’en signant ce qui nous oblige de se concentrer et de se forcer à mémoriser les signes. Nom de la scop : Mégaphone rue Henri Purcell Saint-Etienne
      A diffuser largement
      bonne formation

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