« Il n’y a pas de pays des sourds » selon l’interprète Fabienne Jacquy

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Elle pensait devenir professeur des écoles. La vie lui a fait découvrir un nouveau monde: celui des sourds, et une nouvelle langue. Fabienne Jacquy est interprète français / langue des signes française (LSF).

Qu’est ce qui vous a amené à devenir interprète LSF ?

Le hasard d’une rencontre. Je travaillais dans une colo pour gagner un peu d’argent. Il y avait un animateur sourd qui m’a montré quelques signes. Ça m’a tout de suite plu. J’ai pris des cours payants à Clermont-Ferrand à raison de deux heures par semaine puis j’ai suivi un stage intensif (6 heures par jour) de 4 mois à Toulouse. Je me débrouillais plutôt bien. Initialement, je voulais être professeure des écoles mais je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose de ça. Après ma licence de psychologie à Clermont-Ferrand, je suis entrée à Paris VIII pour faire un Master 2 d’interprétariat Français/Langue des signes française. Ça fait maintenant quatre ans que j’exerce au sein de l ‘association CLÉS (Créer des liens entre entendants et sourds).

Est-ce que c’est une langue difficile ?

Pour moi non. Au cours de mes études, j’ai calculé que j’ai fait 14 ans d’anglais mais je ne suis toujours pas bilingue alors que j’ai accroché immédiatement à la LSF. Elle m’a aussi permis de découvrir le monde des sourds, leur culture, une langue à laquelle ils tiennent beaucoup et qui a été interdite pendant 100 ans avant de gagner son statut de langue par une loi en 2005. Aujourd’hui, c’est une option au bac. En Auvergne, elle est enseignée au lycée Madame-de-Staël, à Montluçon. La LSF comme toutes les langues a une grammaire et une syntaxe propres. C’est une langue visio-gestuelle. L’expression du visage est aussi importante que les gestes des mains, on ne peut donc pas parler et signer en même temps.

Il y a une Langue des signes française, mais y a -t-il une langue des signes internationale ?

La langue, c’est quelque chose de très culturel. Il y a une langue des signes britannique, une autre aux USA, une encore en Espagne, au Danemark, etc. A chacun la sienne mais les langues des signes sont plus proches les unes des autres que les langues vocales. Leur structure est identique, c’est le lexique qui varie.

Que signez-vous au juste ?

Les gens imaginent qu’on signe lettre par lettre mais c’est faux hormis pour les noms propres. Elle permet de parler de choses concrètes mais aussi abstraites. Pour le reste, c’est comme pour n’importe quelle langue. On ne calque pas au mot à mot. Parfois, il faut un signe pour cinq mots de français, parfois l’inverse, et puis il y a des expressions idiomatiques. La LSF, comme toutes les langues, évolue et s’enrichit de mots nouveaux. Il faut en permanence être en contact avec des sourds pour se maintenir et progresser car il n’y a pas de pays de sourds, pas d’endroit pour faire des séjours linguistiques.

Qui fait appel à vous ?

Des sourds et malentendants et… des entendants. Car si on y songe bien la surdité est un problème partagé. On est toujours interprète entre deux langues. Je ne suis pas interprète « pour » les sourds.

Dans quelles circonstances ?

Les missions sont variées : conférences, formations, rendez-vous avec une administration, chez le médecin. Un mariage, un enterrement. Je suis aussi expert près la cour d’appel de Riom. Je peux intervenir à la demande des magistrats mais aussi de la gendarmerie, de la police pour un témoignage, une garde à vue, etc. Ce soir je signe une rencontre avec un metteur en scène, demain avec une conteuse.

C’est donc un métier d’avenir ?

Oui même si les gens qui ont besoin de nos services n’ont pas toujours l’argent pour le faire et que c’est un métier qui n’est pas protégé. Tout le monde peut s’installer interprète avec ou sans diplôme.

Source : http://www.lamontagne.fr © 12 Janvier 2010 à Riom

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