C’est signé bonne année

Pour la deuxième année consécutive, l’hôtel-restaurant Au feu de bois propose ce soir un réveillon pour les sourds et malentendants. C’est la patronne qui interprète

Christine Settbon (ici à gauche, entourée de son équipe) a appris la langue des signes en 2004 avant de reprendre l’hôtel-restaurant Au feu de bois en famille.

Le 31 décembre dernier en début de soirée, Christine Settbon a reçu un contrôleur de la Sacem dans son hôtel-restaurant Au feu de bois, en plein coeur d’Amou. « Je leur avais annoncé un réveillon pour sourds, et ils ont cru que je me fichais d’eux ! » L’agent est reparti bredouille, mais a pu constater que les 60 convives venus de toute la France pour fêter le passage en 2009, étaient bien sourds ou malentendants.

Ce soir, la maîtresse des lieux et son équipe remettent le couvert avec une soirée spéciale pour les personnes souffrant de troubles auditifs plus ou moins sévères. Une trentaine de personnes, landaises pour la plupart, ont cette fois réservé. « C’est pour eux une façon de se retrouver. Il y aura notamment un monsieur qui vient d’Ascain et qui réveillonnera pour la première fois hors de chez lui selon sa mère. »

Entre deux mondes

L’idée n’est pas tombée du ciel, mais a germé dans l’établissement chalossais depuis sa reprise en 2005. Avec ses enfants, Christine Settbon a transformé l’ancien routier en hôtel cosy doté de deux cheminées Logis de France et 11 chambres , dont une labellisée tourisme et handicap, la première dans le département.

Auparavant, cette Périgourdine d’origine a tenu une épicerie fine à Paris. Rattrapée par des problèmes de santé, Christine Settbon a vendu sa boutique en 2004 et s’est retrouvée sans activité pendant trois mois. Une période qu’elle a décidé de mettre à profit en apprenant… la langue des signes. « J’aurais pu choisir l’anglais ou l’espagnol, ou partir en voyage avec les 1 800 euros de la formation. Mais la langue des signes m’a toujours intriguée. »

Choix étonnant que Christine Settbon souhaiterait évident à l’ère du tout communication : « Les gens me demandent systématiquement si j’ai quelqu’un de sourd dans ma famille. Comme s’il fallait forcément être touché pour s’intéresser au handicap. Mais pas du tout : tout le monde entend très bien chez moi ! Cela demande juste un peu d’investissement. Ce serait très bien, par exemple, si les enfants dans les écoles apprenaient les signes de base de façon ludique, de la même façon qu’ils apprennent l’anglais ou l’espagnol. »

L’idée du réveillon n’est pas venue de la patronne, mais d’une de ses clientes paloises, elle-même malentendante. « La première année, le réveillon que nous avions organisé n’avait pas du tout marché. L’an dernier, nous nous étions dit comme beaucoup de monde : on ferme et on en profite. Sauf que cette amie souhaitait réveillonner ici avec une dizaine de personnes. Je lui ai dit qu’il me fallait au moins 30 couverts pour que cela soit viable. Au final, nous étions 60 et l’hôtel était complet ! Contrairement à ce que l’on pense, les sourds et malentendants communiquent beaucoup ! Mais ils forment une communauté à part, dans la mesure où le monde du handicap ne les considère pas comme handicapés parce qu’ils sont autonomes, tandis que les gens dits normaux les perçoivent comme handicapés parce qu’ils ne communiquent pas. »

Entendants

Un univers autre et ordinaire à la fois, composé de personnes intégrées mais aussi souvent illettrées faute d’accès aux apprentissages, auquel le restaurant Au feu de bois a décidé d’ouvrir ses portes, Christine Settbon constituant la clef entre le monde de la parole et celui de l’apparent silence : « Depuis que je suis ici, je ne signe pas tous les jours. Et c’est comme une langue étrangère : si vous ne la pratiquez plus, vous la perdez ! »

Ce soir, la propriétaire du restaurant s’attend pourtant à devoir signer sec en multipliant les traductions entre ses clients et les serveurs. Son fils Rémi a aussi préparé des tours de magie pour épater visuellement ses hôtes, et il n’est pas dit que les convives n’aient pas droit au cours de la soirée à de la musique agrémentée de beaucoup de basses pour danser au rythme des vibrations. « Je souhaite vraiment pérenniser ces réveillons en intégrant aussi des entendants », conclut Christine Settbon.

Des 31 décembre où « bonne année » se dit d’abord avec les mains.

Source : http://www.sudouest.com © 31 Décembre 2009 à Amou

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