La main des sourds

La langue des signes au bac

C’est une première en Moselle : le lycée Schuman propose une option LV3 en langue des signes. Les enseignants viennent de l’Institut national des jeunes sourds.

Au lycée Schuman, trois professeurs de langue des signes se relaient pour enseigner, suivant un programme défini par le ministère. Comme toute autre matière.

Pas un bruit, juste le léger ronronnement du rétroprojecteur. Les élèves hochent la tête en silence pour dire s’ils ont compris ou non. Et sur l’estrade, c’est avec les mains que leurs professeurs leur parlent. Mais aussi une bonne dose de mimiques. Thierry Klein, enseignant en langue des signes française, redouble de vitalité et accentue ses mouvements pour être sûr que ses élèves le suivent. Constamment, il passe ses doigts devant ses sourcils pour demander si ce n’est pas trop dur.
Face à lui, quelques élèves de seconde se concentrent pour épeler un mot avec les doigts, lettre par lettre. Se reportant pour cela au graphique de dactylologie. Une fois l’exercice terminé, Thierry Klein leur signe le mot en LSF. Pour cheval, ce sera deux oreilles en mouvement. Pour guitare : faire mine de frotter les cordes. Les yeux fixés sur lui, Guillaume, Abdellah, Anaïs, Pascaline et Marion répètent, du bout des doigts.
«C’est enrichissant», souffle Guillaume, le visage tendu par la concentration. Son prof se moque gentiment de lui, mimant de la fumée qui s’échappe des oreilles. «C’est totalement différent des autres langues», ajoute Anaïs. «Ce n’est pas différent, corrige son prof, sauf qu’elle n’est pas basée sur le mode audio-oral mais visio-gestuel ».

«Un plus sur un CV»

«Et c’est un plus sur un CV », estime Richard Claudon, directeur de l’Institut national des jeunes sourds de Metz. L’intervention, à Schuman, des enseignants de l’Institut ne date pas d’hier, puisque des équipes sont déjà sur place pour accompagner, en classe, des déficients auditifs ou des enfants ayant des troubles spécifiques du langage. «C’est une scolarisation ordinaire, une inclusion », formule le directeur.
Retournement de situation : c’est désormais l’environnement qui fait un pas vers les personnes handicapées. Ainsi, la langue des signes est-elle devenue une matière qui se passe au bac, en troisième langue. Schuman est actuellement le seul établissement du département engagé dans ce processus avec une vingtaine d’élèves de seconde et de première. «Au bac, l’élève aura un document sur lequel il préparera un commentaire en LSF, puis il y aura un échange», explique Jean-Michel Zawodny, directeur des enseignements à l’Institut national des jeunes sourds de Metz. Comme pour n’importe quelle langue vivante prise en option.
Les prochains à être formés seront cinq enseignants de Schuman.

Source : http://www.republicain-lorrain.fr © 17 Décembre 2009 à Metz

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