La main des sourds

Sourds et entendants de toutes générations au « café des signes »

« Quand je suis arrivé en 6e, j’étais le seul sourd parmi les entendants. Je me mettais un peu à l’écart en dehors des groupes. En sport, c’était plus facile », dit Youssef Berkach. « Et vous ? Vous vous sentez comment les adolescents ? » interroge le jeune homme. À 25 ans, et l’initiateur du « café des signes » hier après-midi à la Maison de la vie associative autour de l’adolescence, thème choisi pour cette 2e séance. En langue des signes, en langue orale, des jeunes et des adultes, parents, adhérents de l’Association culturelle des sourds et plusieurs entendants apprentis en langue des signes ont causé deux bonnes heures. Échanges, confidences parfois, ont permis d’aborder une multitude de préoccupations : la communication sourds-entendants, l’éducation sexuelle des jeunes, les perspectives professionnelles et les espoirs d’avenir. Pas si simple de pouvoir s’engager réellement dans la profession qui fait rêver un jeune sourd dans un monde d’entendants ont dit certains – Youssef n’a pu devenir chauffeur de car – même si les accès aux études progressent. « Nous, à mon époque, on n’avait pas le droit d’utiliser la langue des signes, c’était interdit par les sœurs, il fallait prononcer et lire sur les lèvres », a témoigné Marie-Christine Gagneux. « Avec les nouvelles technologies, Internet, msm, sms, les DVD, les jeunes lisent moins, travaillent moins. S’ils ont un 14/20 en classe, ils sont contents, ça leur suffit. Ils n’aiment pas faire d’efforts. Ni les jeunes sourds, ni les jeunes entendants », décrit, avec une bonne dose d’humour, Yong Hee. « Oui, ils disent « je suis fatigué ! » enchaîne une autre maman.

Langue des signes ou langue orale, on a causé hier après-midi au « café des signes » à la Maison de la vie associative

Présents et souriants, une dizaine d’adolescents, jeunes élèves internes à l’Institut des jeunes sourds de Bourg, sont restés un peu sur leur retenue. Ils n’ont pas livré les difficultés personnelles, crises d’identité, conflits avec les parents, mais ils n’ont rien perdu des différents témoignages. « Les échanges avec les entendants ne se feront pas forcément là, mais ce café des signes permet surtout aux jeunes de rencontrer d’autres adultes sourds. C’est important qu’ils aient d’autres contacts que les éducateurs de l’Institut », disent Pauline Haubourdin et Jean-Sébastien Laurent, éducateurs à l’IJS (et interprète hier). « C’est bien qu’ils puissent voir des adultes sourds qui ont un métier, une famille, qui ont fait leur vie. Il faut une identification, ils ont besoin d’avoir d’autres adultes sourds en modèle ».

Chacun ses motivations. Une jeune femme entendante revenait hier pour la 2e fois, avide d’échanges culturels. Les entendants ont d’ailleurs parlé de leur « frustration » face à la barrière de la langue. « Il y a besoin d’un lieu d’échange, de faire tomber des murs », dit Youssef dont l’iniative revigore et rajeunit les contacts. Le café des signes sera de nouveau ouvert à tous en janvier.

Source : http://www.leprogres.fr © 26 Novembre 2009 à Bourg en Bresse

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