Sourde, elle danse aux sons… des vibrations

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C’est l’histoire d’une jeune fée dans un monde égoïste. Thumette Léon, 19 ans, est Quimpéroise. Elle n’entend pas. Et alors ? Cela ne l’empêche pas de danser. Et d’adorer la musique.

Sourde, Thumette Léon danse depuis l’âge de douze ans. Son rêve ? Devenir professeur de danse. : Béatrice Le Grand

Elle comprend si vous parlez distinctement, en articulant, placé bien en face d’elle. D’abord grâce à son implant. Et aussi parce qu’elle lit parfaitement sur les lèvres.

Thumette Léon, une jolie brunette de 19 ans, est sourde. Depuis toujours. Les sons, elle ne les perçoit que grâce aux appareils qui ornent ses oreilles, cachés par des mèches de cheveux. Elle entend. Mais pas comme vous et moi. Elle entend en décalage permanent. En reconstituant les sons comme un puzzle. Au prix de beaucoup d’effort. Sans les appareils, c’est le silence. Le mur blanc.

Elle est sourde, mais elle vous parle de la musique comme un violoniste de son stradivarius. Avec le coeur. Avec les tripes. Avec un amour énorme venu du plus profond d’elle-même. Une passion qui a commencé avec son père musicien. Et qui s’est poursuivie avec un professeur de danse, Sergio Argiolas. Elle a cogné à la porte de son cours à 12 ans. D’abord septique, il lui a finalement ouvert sa porte.

« Ça résonne de partout »

« Sergio, il a l’accent italien. Et il parle vite, dans tous les sens. Alors pour le comprendre, c’est encore plus difficile qu’avec les autres, rigole la jeune fille. Dès fois, je dois lui rappeler que je suis sourde. » À ses côtés, elle a appris à danser « en regardant les autres ». Mieux, en étan« à leur écoute ».

Elle s’est lancée dans la danse africaine, pour laquelle elle enlève ses appareils. Sinon le bruit des percussions transforme sa tête en chambre d’écho « comme dans une église : ça résonne de partout et je n’entends pas le rythme. »

Comment peut-on danser quand on est sourd ? « Grâce aux vibrations. » En écoutant les notes de l’intérieur. « La musique me traverse. Comme une onde. C’est tout mon corps qui danse. »

« Une vibration aiguë »

Thumette peut même distinguer les aigus des graves uniquement au souffle qu’elle ressent. « Le djembé, par exemple, c’est une vibration aiguë dans le dos. » Un sourire.« Les entendants aussi ressentent la vibration de la musique. Mais ils croient que ça vient des oreilles. »

Thumette est une danseuse extraordinaire, comment en douter. Et elle veut devenir professeur de danse. « Je veux tenter les concours pour rentrer au CEFEDM (Centre de formation à l’enseignement de la danse et de la musique) à Nantes. » Reste à convaincre le jury de lui laisser une chance. « Une fois, j’ai été me renseigner au conservatoire à Rennes. La réaction de la dame à l’accueil a été tendue. » Il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas comprendre. Mais Thumette ne s’offusque plus des refus et des incompréhensions qu’elle suscite.

« Je suis ailleurs »

Un autre de ses sourires magiques. « Quoi qu’il arrive, je continuerai, car c’est ma passion. Je ne me pose jamais la question de savoir si je peux faire une chose ou pas parce que je suis sourde. Je le fais, c’est tout. J’y vais à fond. »

La jeune fille en a bavé. En primaire. Au collège. Souvent seule dans la cour de récré. Coupée du monde. « Tout est un effort. Même parler. » Cette année, elle passe le bac. Les cours, au lycée Chaptal, la laissent lessivée chaque soir. « Il faut tellement être concentrée. » Mais après l’école, il y a la danse. Et là, elle revit. « Quand je danse, je ne pense à rien. Je suis ailleurs. » Incroyable Thumette. Lumineuse Thumette.

Source : http://www.quimper.maville.com © 16 Novembre 2009 à Quimper

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