Nice : Accueil des sourds : la mairie fait un geste

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12 employés municipaux ont appris la langue des signes pour dialoguer avec les malentendants*

Rien ne prédestinait Bénedicte à pratiquer un jour la langue des signes. Rien sauf son enthousiasme communicatif et sa volonté de servir les autres. Avec douze autres employés municipaux, elle n’a pas hésité une seconde à se porter bénévole pour apprendre le langage des sourds.
Les gestes de ces derniers ne tombent plus dans le vide lorsqu’ils viennent accomplir des démarches administratives en mairie. Bénédicte est là pour les entendre au service de l’Etat Civil : « On ne s’exprime pas encore parfaitement, mais les malentendants font tout pour nous aider. Ils sont tellement heureux de trouver à qui parler ! Etonnés aussi »
Briser le mur du silence
Sa collègue Elisabeth s’est également initiée. Plusieurs mois de formation pour apprendre à s’exprimer avec le visage tout autant que les mains. Des gestes, des mimiques pour remplacer la voix : « C’est une bonne école pour les timides ! Comme au théâtre, on doit s’extérioriser, faire parler son corps. C’est formidable. J’ai redécouvert un don que j’avais sans le savoir ». Les handicapés ne sont pas toujours ceux qu’on croit !
Sourdes de naissance, Josiane Picart et Florence Angeli sont les premières à se réjouir d’être enfin écoutées. Comme elles, ils sont quelque 400 à Nice à vivre murés dans le silence. Aujourd’hui, une brèche s’est ouverte.
« Je suis heureuse. Je me sens moins seule », lâche Josiane avec ses gestes à elle. Si elle salue l’initiative prise par la Ville, elle mesure le chemin encore à parcourir : « Dans la vie quotidienne, nous rencontrons beaucoup de difficultés. On se débrouille. On est souvent obligé d’écrire ce qu’on a à dire ».
Des obstacles que Jacques Dejeandile aimerait bien contribuer à faire tomber. Pour l’adjoint au maire à l’accessibilité, toutes les administrations ne jouent pas encore le jeu. A la Caisse d’allocations familiales tout comme à la CPAM, il n’existe pas d’accueil spécifique. D’où parfois des malentendus aux conséquences administratives fâcheuses. Le Centre hospitalier universitaire, lui, donne le bon exemple, avec des consultations spécialisées avec un interprète.
Des volontaires
Tout comme la Ville de Nice désormais. Une des rares communes de France à offrir ce service : « Nous allons poursuivre avec de nouvelles sessions de formation pour tous les employés municipaux qui seront volontaires ».
Jacques Dejeandile est paraplégique depuis 30 ans à la suite d’un accident de voiture : « Je circule en fauteuil roulant, mais cela ne m’empêche pas d’être sensible aux autres handicaps, et en particulier à la surdité. C’est terrible de ne rien entendre, d’être totalement isolé. Il faut tout faire pour briser cela ».

*La langue de demain….*

La langue des signes est officiellement reconnue depuis quelques années seulement comme langue à part entière. Longtemps, elle a été carrément interdite !
« A l’école, on se faisait taper sur les doigts avec une règle en fer si on s’exprimait par des gestes. Il fallait singer la parole, oraliser comme on disait », se souviennent Josiane et Florence qui animent à Nice l’association « Le cri du silence ».
Ce temps-là est heureusement révolu. Jacques Dejeandile voit dans cette évolution un nouveau gisement d’emplois : « On aura de plus en plus besoin d’interprètes qui sachent parler cette langue. C’est la langue de demain ! Des filières sont en train de se créer à l’Université ».
La raison de ce succès à venir ? La loi-cadre de février 2005 sur le handicap : d’ici 2015, tous les établissements recevant du public devront être accessibles. Une obligation qui ne concerne pas seulement les personnes à mobilité réduite. Mais aussi les sourds.

Source : http://www.nicematin.com © Novembre 2009 à Nice

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