Pascale Bruderer, la présidente qui parle avec les mains

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Pragmatique et patriote, la future présidente du Conseil national incarne la génération montante du PS alémanique.

Pascale Bruderer. Elle va grimper au perchoir du Conseil national et devenir ainsi la première citoyenne du pays.

Son regard pétillant attire la lumière et les flashes des pages people . Son sourire saute aux yeux. Très expressive, Pascale Bruderer (32ans) parle aussi beaucoup avec les mains.

«J’ai quasiment appris la langue des signes avant de savoir parler», explique celle qui reprendra lundi la présidence du Conseil national. «J’ai grandi avec deux oncles sourds, dont ma mère s’est occupée à la mort de leurs parents. Cette expérience m’a politisée. J’ai vu au travers de mes proches les difficultés que rencontrent les personnes handicapées pour se former ou trouver du travail. J’ai surtout découvert avec effroi les préjugés.»

Redoutable instinct politique

A Berne, où elle siège depuis 2002, Pascale Bruderer a fait de l’égalité des chances un de ses grands combats, avec la formation et la défense des animaux. Cette forte spécialisation l’a empêchée, à ce jour, de s’imposer comme un poids lourd. «Je ne me sens pas le besoin de donner mon avis sur tout», rétorque l’intéressée, mariée, sans enfants. Dommage, car en plus d’une réelle force de travail, elle fait montre d’un authentique instinct politique, témoignent proches et adversaires.

Pragmatique, «elle parle avec tout le monde, même avec nous», salue l’UDC Oskar Freysinger. Pour quels résultats? «J’ai obtenu que le journal télévisé sur les TV publiques soit désormais traduit en langue des signes», s’enthousiasme l’icône de l’électorat urbain et branché du PS.

La carrière de Pascale Bruderer s’apprête donc à faire un grand bond. Première citoyenne du pays: le titre pose sa femme. En vérité, la nouvelle présidente sort plutôt première d’un concours de circonstances et du tournus des partis. L’honneur du perchoir échoit souvent à des politiciens en fin de carrière. Mais que l’élue de Baden se rassure: dans l’opinion, elle demeure l’éternelle benjamine. «A mon arrivée à Berne, j’ai eu droit à une telle couverture médiatique que l’image est restée dans la tête des gens. On me demande encore parfois si j’ai terminé mes études!» rigole la diplômée en sciences politiques, devenue directrice de la Ligue argovienne contre le cancer.

Présider avec fermeté

Diriger, Pascale Bruderer adore. Et d’annoncer la couleur: elle conduira les débats de manière «ferme et sans chichis». Stricte, la présidente, à l’image de son élégance vestimentaire. Son côté alémanique? «Bien que mon fauteuil se trouve au sommet de l’estrade, la présidence est un rôle en retrait consistant à permettre aux acteurs de travailler dans de bonnes conditions.»

Correction du langage et du style exigée, par respect des institutions et des citoyens assis dans la tribune. Pascale Bruderer déteste les affrontements théâtraux du National et le choc, stérile, des idéologies. Elle y voit la marque d’une jeune génération de politiciens plus encline à franchir les frontières partisanes. «Quand je suis arrivée à Berne, nous n’étions que trois élus de moins de 35ans. Aujour­d’hui, notre club, qui se rencontre une fois par session, compte quinze membres.» Plus le coquet Christian Lüscher, inscrit en qualité de sympathisant.

Preuve qu’elle est détachée des dogmes, la femme de gauche assume son patriotisme. «Je chante l’hymne national. Normal, j’ai porté la croix suisse sur mon maillot comme internationale juniors de handball.» Plus que la politique, le sport accaparait d’ailleurs les discussions autour de la table de la famille Bruderer. Las, des blessures répétées à un genou ont freiné la prometteuse carrière de Pascale.

C’est lors de ses promenades qu’elle réfléchit à ses discours. L’élue dit aimer les écrire; elle savoure plus encore le plaisir de les prononcer en public.
«Je le dois sans doute au fait d’avoir grandi avec des sourds: j’ai besoin de regarder mes auditeurs dans les yeux et de sentir qu’ils me comprennent. Car la politique, c’est aussi le cœur et les émotions. Et même de la joie!» Les mains de Madame la Présidente soulignent le propos. On les croit sur parole…

Source : http://www.tdg.ch © 20 Novembre 2009 à Suisse

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