5ème Journées des sourds aujourd’hui et demain à Limoges

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Marie n’est pas sourde. Elle a découvert la langue des signes par hasard. Elle a continué à la pratiquer par plaisir. Et elle en a fait son métier par passion.

Serrez bien les doigts de la main droite, mettez la paume face à vous et portez le bout des doigts vers vos lèvres puis refaites le geste en sens inverse. C’est simple, comme « bonjour ». Et c’est la première étape qui peut vous permettra de communiquer avec des personnes qui, anomalie congénitale ou accident de la vie, n’ont pas la chance d’entendre.

Handicap parmi les plus méconnus, le silence dans lequel sont plongées les personnes atteintes de surdité n’est pas une fatalité. Aussi vrai que le fauteuil roulant autorise la mobilité d’un paralytique, aussi vrai que le braille restitue les émotions de la lecture aux aveugles, la langue des signes est un droit à la parole, à la communication, à l’échange.

Marie Rouanet a découvert cette langue alors qu’elle faisait ses études de psychologie à Toulouse. En croisant une personne sourde, qui est devenue son amie et avec laquelle elle souhaitait pouvoir discuter. D’abord quelques cours, deux heures par semaine, dans un cadre associatif, puis le cursus d’apprentissage complet pour bien maîtriser la langue et enfin, une formation à l’université de Paris VIII et un diplôme d’interprète. Elle a aujourd’hui 31 ans, et ce qui était initialement une activité associative est devenu son métier. Elle est même la seule, en Limousin, à être interprète diplômée.

« On me demande souvent s’il faut longtemps pour apprendre la langue des signes française (LSF). Mais ça ne se calcule pas en ces termes. C’est exactement comme une autre langue : il faut apprendre le vocabulaire, la grammaire et pratiquer. J’avais la chance d’avoir une excellente mémoire visuelle, c’est indispensable. Si on a plutôt une mémoire auditive, c’est nettement plus difficile ».

Car la LSF n’est pas une matérialisation simpliste et métaphorique du français sous forme de signes schématiques. Il y a un alphabet complet, une batterie de mots de vocabulaires, une conjugaison et chaque geste est aussi précis que? signifiant. Il y a la position des doigts et la courbure de la main (en pince, en canard, un peu façon ombre chinoise), l’emplacement (près du visage, des épaules, des hanches?), l’orientation (vers le haut, vers l’avant?) et ajoutez les expressions du visage qui « donnent le ton » ou caractérisent les sentiments. « Une même configuration de la main peut signifier plusieurs choses différentes selon que l’on hausse les sourcils ou que l’on marque le sourire, par exemple ».

Autre particularité de la langue des signes : les mots et actions ne sont pas forcément exprimés dans le même ordre qu’en français. Pour dire qu’on pose la bouteille sur la table, on indique d’abord l’existence de la table puis celle de la bouteille et l’on montre le geste de la poser. « Je prends beaucoup de plaisir à jongler entre les deux langues. Il faut chercher comment transmettre le français en langue des signes sans trahir la pensée. En fait, il faut donner à voir. Deux interprètes ne donneront pas nécessairement la même interprétation mais ils transmettront le même message ».

Marie exerce son métier auprès des médecins généralistes, dans les hôpitaux, en tant qu’experte près la cour d’appel? « Les sourds font appel à moi pour les seconder et ils me rémunèrent, notamment grâce au « forfait d’aide humaine » qu’ils touchent tous les mois. Mais nous ne sommes pas suffisamment nombreux pour pouvoir répondre à tous leurs besoins? » Bien sûr, il arrive fréquemment que ce service soit rendu par un non-interprète, simplement quelqu’un qui maîtrise la langue des signes. Pas vraiment l’idéal, selon Marie. « Il serait préférable de laisser cela aux interprètes diplômés, c’est vraiment un métier, ça ne s’improvise pas. On se bat pour la reconnaissance de notre profession. Vous imagineriez que l’on demande à un élève de 4e de faire de la traduction en anglais sous prétexte qu’il parle un peu la langue ? Quand ça touche au domaine du médical, c’est quand même un peu dangereux de se contenter d’une traduction sans savoir si elle n’est pas approximative? ».

En s’agaçant un peu, Marie fait de larges moulinets avec les mains. Mais cette fois, rien à voir avec la LSF. Car rassurez-vous, si la jeune femme est passionnée par son métier, elle ne passe pas son temps à « signer » et encore moins à traduire. « Si je suis avec des amis sourds et entendants, je les laisse se débrouiller entre eux sinon je n’ai plus ma place dans la discussion?

Son rêve : « Qu’on apprenne la LSF à tous les enfants sourds (c’est encore loin d’être le cas) et que de plus en plus d’entendants l’apprennent. Histoire de briser une fois pour toutes le mur du silence.

Stéphane Marmain
stephane.marmain@centrefrance.com

Le programme détaillé de ces deux journées dans le dossier « Et si on sortait ? » situé » sur la page d’accueil de votre site

Source : http://www.maville.com © 09 Octobre 2009 à Limoges

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