La main des sourds

VOL DANS UNE MOSQUEE Un sourd-muet condamné

Léon Faye, cultivateur, a été condamné à 3 mois de prison assortis de sursis par le juge des flagrants délits. L’homme qui est en réalité un sourd-muet est reconnu coupable de vol dans une mosquée.

Le tribunal a jugé hier une affaire particulière. Non pas parce qu’il s’agissait d’un dangereux malfaiteur, mais pour la simple raison que la communication était difficile entre le mis en cause et le tribunal. Ce sont les conseils de la défense, Mes Souleymane Diagne et Ibrahima Mbengue, qui servaient de relais pour que Léon Faye comprenne les questions du tribunal. Rien n’était de trop pour le faire comprendre, cris et gesticulations étaient les bienvenus. Le prévenu est poursuivi pour le délit de vol dans une mosquée. En effet, il attendait que les fidèles, entrés dans la mosquée, commencent la prière pour qu’il vienne soustraire tout ce qu’il y a comme chaussures. Le jour des faits, il a été arrêté, en plus des chaussures volées, avec deux sacs contenant des matériels, des souris d’ordinateur et des vêtements de femmes. À la barre du tribunal, l’affaire était sur le point d’être renvoyée par le président qui avait compris que le dialogue était impossible avec le mis en cause. Rien qu’à la question de décliner les noms de ses parents, Léon a évoqué l’état de grossesse de sa femme, qu’il est cultivateur, le tout dans des gesticulations énergiques. C’est à peine si on comprenait ce qu’il disait. Cependant, la sagacité de Me Souleymane Diagne qui sait gesticuler quand il le faut et lui a crié à l’oreille si c’était nécessaire. Il a, durant tout le procès, servi «d’interprète». C’est ainsi que son client parviendra à comprendre la prévention et à la nier. «Ce n’est pas vrai», a-t-il semblé dire. Dans sa plaidoirie, Me Diagne de faire comprendre au tribunal que Léon Faye a plus besoin des blouses blanches que des robes noires pour faire part de son état psychiatrique. Il a plaidé coupable disant que l’infraction est établie, mais que la place de son client n’est pas à la prison. «Léon a besoin d’être socialisé», a expliqué la robe noire qui a fini par demander une application bienveillante de la loi à son client. Après délibéré, le tribunal a déclaré Léon Faye coupable du délit de vol et lui a collé une condamnation de 3 mois assortis de sursis. Me Diagne a eu toute la peine du monde pour lui expliquer le verdict.

Source : http://www.lobservateur.sn © 25 Juin 2009

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