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Langue des signes et langue française

Laure Ghalmi, enseignante spécialisée à l’institut « Les Hirondelles », Institut régional des sourds et aveugles de Marseille (IRSAM), décrit l’expérimentation d’un nouveau logiciel pédagogique, utilisé ici dans une séquence d’apprentissage en grammaire avec des élèves de CM1-CM2. Rencontres de l’ORME 2009.

>>> Vidéo <<<

Présentation de la séquence
Celle-ci intervient à la fin d’une séquence de 5ances de grammaire dont le travail portait sur la notion d’adverbe :

1. Prise de sens : bien comprendre que l’adverbe précise une action.
2. Illustration par de nombreux exemples en langue des signes française (LSF) et langue orale de ce qui a été expliqué lors de la première séance, en comparant avec l’adjectif (notion étudiée précédemment).
3. Comment exprime-t-on l’adverbe dans chacune des langues, en LSF, en langue orale.
4. Lien avec leçon d’orthographe : règles d’orthographe des adverbes.
5. Utilisation de l’ébauche de ce logiciel lors de cette étape en 5e séance, évaluation.

Nous avons donc eu pour objectif dans cette 5e séance, l’expérimentation de ce logiciel en tant qu’évaluation de la notion travaillée, et ceci à partir de 2 exercices :

* Le premier présente des phrases signées (vidéo) très courtes et simples, avec un vocabulaire de base, pour ne pas noyer la notion d’adverbe sous trop d’informations.
Pour chaque exemple, deux vidéos sont proposées avec présence ou non d’un adverbe. L’élève doit chaque fois retranscrire à l’écrit ce qu’il comprend. En cas d’erreur, il bénéficie de deux autres tentatives. Dans la suite du développement du logiciel, un module d’aide sera ajouté pour pouvoir être consulté avant que ne soit donnée la bonne réponse.
Il est intéressant de réaliser cet exercice en groupes de 2 ou 3, chacun devant expliquer et argumenter sa proposition, ce qui me permet d’animer cet échange, et de cette façon guider les élèves, les faire réfléchir sur ce qu’ils viennent d’apprendre. Ils écrivent ensuite une proposition commune.
* Le deuxième exercice propose une comparaison adverbe/adjectif : face à une phrase signée (vidéo), l’élève ne doit plus écrire une traduction, mais dire, s’il avait à écrire la phrase signée, s’il emploierait l’adjectif ou l’adverbe.

L’origine du projet
Le prototype du projet présenté est né de la rencontre de trois acteurs :

* Le CRDP d’Aix-Marseille, attentif aux projets innovants autour des TICE.
* L’IRS de Provence Hirondelles, engagé vers une démarche d’enseignement bilingue (LSF + français oral/écrit).
* La société Voxign, spécialisée dans la création d’outils pour l’accessibilité des sourds signants.

Le principe de base du projet est l’utilisation des compétences linguistiques que les enfants ont dans leur langue naturelle, la langue des signes, pour développer leurs compétences métalinguistiques, le discours métalinguistique étant le discours sur la langue.
Lorsque les enfants sourds sont des locuteurs experts en LSF, l’acquisition des compétences métalinguistiques se fait de manière évidente autour de leur langue. Dans un deuxième temps, l’appropriation des concepts grammaticaux propres au français est plus aisée.
Lorsque les enfants sourds sont des locuteurs en LSF, mais non experts, parce qu’issus d’un milieu familial non sourd par exemple, l’acquisition des compétences métalinguistiques se fait de manière moins évidente, mais devient un outil indispensable à l’acquisition de la LSF, comme du français.
Ce logiciel, dans l’état actuel du développement, est une ressource pédagogique utilisable par le professeur, en complément de ses outils habituels d’enseignement de la grammaire. La ressource est constituée de séries d’exemples permettant d’illustrer le cours, de faire des exercices d’entraînement et d’évaluation.
Réflexion et expérimentation sur une classe de CM
Fin 2008, Loïc Kervajan, ancien éducateur spécialisé et fondateur de Voxign a contacté M. Agostini, responsable pédagogique à l’IRS de Provence Hirondelles pour mettre en place une réflexion et une expérimentation autour de ce futur logiciel pédagogique. C’est ainsi que j’ai rencontré Loïc, ainsi que Jérémy Arnal, adulte sourd qui travaille aussi sur ce projet. Lors de nos rencontres bimensuelles, nous avons tous les trois réfléchi à la façon de mettre en place et d’utiliser ce logiciel en fonction de la linguistique, de ma pratique, afin de définir comment un tel logiciel pourrait enrichir cette pratique, autour des erreurs courantes rencontrées par nos élèves.
C’est ainsi qu’à partir de la notion grammaticale travaillée lors de cette période, l’adverbe, une ébauche de projet a été réalisée. Nous avons pu finalement expérimenter deux exercices avec les enfants, qui correspondent à la séance n° 5 présentée ici.
L’usage du logiciel
Il faut le considérer comme une batterie d’exercices adaptés à nos élèves. Il permet de présenter de nombreux exemples pour chaque exercice. Multiplier les situations est particulièrement intéressant non seulement pour l’acquisition d’un réel bagage linguistique, mais aussi pour une meilleure maîtrise de la notion abordée.
L’idée d’ajouter avant chaque série d’exercices un bref rappel de la notion travaillée en LSF, à l’aide de la vidéo, paraît judicieuse, même si cela ne peut en aucune manière remplacer le cours. Il s’agit bien d’un support pédagogique, et non d’un tuteur autonome.
Nous avons utilisé le logiciel ici comme outil d’évaluation.
Au-delà de l’évaluation, cet outil est très riche dans la démarche d’enseignement bilingue, car une fois la prise de sens acquise, il permet de d’exploiter la notion travaillée dans chacune des deux langues. Ce n’est alors plus une évaluation de fin de séquence, mais au contraire un point de départ. Tel ou tel concept peut ainsi être étudié précisément en français oral/écrit, avec une progression propre (comment est-il employé et exprimé dans cette langue ? analyse de la structure de la phrase, multiplication d’exemples, etc.). La même démarche peut être adoptée en parallèle en cours de LSF.
L’intérêt de ce futur logiciel
Même s’il s’agit encore d’une amorce de projet, ce logiciel apparaît comme un outil intéressant dans la mesure où il présente une réelle complémentarité entre le cours (prise de sens), la systématisation et l’analyse de la structure de chaque langue. Il aide à mettre en image des concepts souvent abstraits, et difficilement accessibles par nos élèves. D’ailleurs, l’utilisation des manuels scolaires est complexe pour nous. Il nous faut sans cesse adapter les exercices proposés, pour les rendre utilisables. En effet, ils présentent le plus souvent :

* la notion, de façon très théorique,
* des exemples avec un vocabulaire complexe,
* trop peu d’exemples pour un même exercice.

Le fait que l’exemple signé (LSF) soit présenté sous forme de vidéo, permet de travailler chaque détail en le visionnant à plusieurs reprises. De plus, sur la vidéo, l’adulte sourd maîtrise bien la LSF. C’est donc une traduction parfaite.
Enfin, l’outil informatique par lui-même, suscite une réelle motivation auprès des enfants. Il est très attrayant, et est d’ailleurs aujourd’hui incontournable.

Source
http://www.agence-usages-tice.education.fr © Juillet 2009 à Paris
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