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Adam Kosa, premier eurodéputé sourd et nouvelle star des malentendants

Le Hongrois Adam Kosa, premier élu sourd de l’histoire du Parlement européen, est devenu à 34 ans la coqueluche des sites internet pour malentendants. En prenant la parole en langue des signes, il entend jouer un rôle militant.

Mercredi, il a eu le privilège d’être le premier orateur lors du tout premier débat. Il en a profité pour lancer un plaidoyer en faveur du respect des langues des minorités en Europe.

Dans la foulée, un collègue français a réclamé la retransmission en direct en langue des signes de tous les débats du Parlement retransmis sur les écrans internes.

“C’est un bâtiment immense. Ca court de partout comme des araignées au plafond, selon une expression hongroise”, observe le nouvel élu, aux anges dans son nouvel environnement.

“Ceux qui me croisent me traitent d’égal à égal, c’est une grande nouveauté par rapport à la Hongrie”, constate-t-il.

Face à lui, une interprète traduit à vive allure ses signes vers le hongrois et un confrère poursuit instantanément la traduction en français.

Le téléphone retentit sur son bureau sans qu’il ne décroche. “Pour moi, le téléphone est une simple décoration, les gens doivent penser à me contacter par SMS ou par courriel”, explique-t-il en souriant.

Président pendant cinq ans de l’Association hongroise des sourds et malentendants, Adam Kosa, avocat de formation, n’est pas membre d’un parti.

La plus grande formation de l’opposition de droite en Hongrie, le Fidesz, arrivé en tête des élections européennes avec 56,37% des voix, est venu le chercher. Il a dit oui sans hésiter à cette offre inédite.

“C’est un énorme défi pour moi et un succès incroyable pour les sourds”, confie-t-il. “Mais je me soucie aussi de tous ceux qui souffrent de déficiences”.

Il a repéré cette semaine “quatre ou cinq” eurodéputés handicapés. “Or un citoyen européen sur dix souffre de déficiences, on devrait être au mois 70”, calcule-t-il.

“La majeure partie des personnes handicapées vivent de manière non visible. Une situation encore pire dans les anciens pays socialistes”, juge le jeune hongrois.

“Je suis venu ici pour travailler dans la langue des signes” et “prouver qu’une personne sourde peut faire le même travail que ses collègues”.

Il siègera dans deux commissions parlementaires, celle des “Affaires sociales et de l’emploi” et celle des “Transports”.

Il pourra s’y pencher sur un projet sur l’égalité dans les transports, incluant une assistance aux handicapés. Ou encore un texte visant à mettre fin aux discriminations quotidiennes pour raisons d’âge, de handicap, de religion ou d’orientation sexuelle.

“Si je suis adroit, je pourrai faire avancer les choses”, glisse-t-il.

Le Parlement a débloqué un budget pour payer plusieurs interprètes, qui viennent pour l’instant spécialement de Hongrie.

L’Europe compte trois élues sourdes dans des parlements nationaux, en Belgique, en Autriche et en Grèce. Pour elles, la vie est plus facile: “elles peuvent recruter leurs interprètes sur place”, note-t-il.

Car chaque pays a sa propre langue des signes, précise M. Kosa, qui lit également l’anglais et l’allemand.

“J’aimerais que d’ici cinq ans, les interprètes de langues des signes soient traités de manière égale aux autres interprètes” au Parlement, annonce-t-il.

Les parents d’Adam sont sourds, tout comme son épouse et ses deux garçons de 5 et 2 ans. “Cela fait trois générations de sourds”, résume-t-il.

Il sait que 30% des enfants de parents sourds sont également sourds: “Ce qui est important c’est de vivre dans un monde accessible”.

Source AFP © 16 Juillet 2009 à Strasbourg
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