Ils tendent les mains

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Avec Patrice Carillo, leur professeur, aux manettes, les élèves disent « merci ».

33 élèves du lycée privé viennent d’obtenir le premier niveau du diplôme de langue des signes française (LSF)

Ambiance vacances au réfectoire du lycée professionnel de Saint-Augustin. Lundi dernier, 33 jeunes ont reçu leur attestation de formation LSF-Langue des signes niveau 1 : 29 filles – majoritairement en BEP carrières sociales – et quatre garçons. Les recalés se comptent sur les doigts d’une main. L’an prochain, ceux qui le souhaitent poursuivront en niveau 2.

On a tourné les chaises, apporté des boudoirs et des bonbons à la fraise. Danielle Mory, la directrice, Éric Hillairet, le conseiller principal d’éducation, des parents et des enseignants entourent les élèves. À leurs côtés, Anne-Marie Descot, professeur en communication à qui l’on doit l’idée. Patrice Carillo, formateur en langue des signes, distribue les certificats, on se croirait au spectacle. Pour la photo souvenir, il joue les chefs d’orchestre. Qu’est-ce qu’on pourrait « dire » ? « Merci ! », suggèrent les jeunes qui font le geste avec leur main, visiblement contents.

Une première promotion

« Nous sommes le premier lycée professionnel aquitain à proposer une telle formation depuis la rentrée 2008 », explique Éric Hillairet. Les cours de langue des signes ont lieu deux fois par semaine, sur la base du volontariat, tôt le matin, entre midi et deux ou le soir… Ce qui n’a pas rebuté les jeunes, très investis.

L’examen qui a clos cette première année d’apprentissage de la LSF reposait sur une présentation de soi et de sa famille, la lecture d’un texte en langue des signes, des épreuves de vocabulaire, de syntaxe, de compréhension et la rapidité à « signer ». « Je voudrais vous remercier de votre assiduité, de votre enthousiasme, dit Patrice Carillo. Je suis vraiment très heureux d’avoir partagé ces moments avec vous. J’espère que vous pourrez continuer et que ça vous servira dans votre futur emploi. »

Ouverture d’esprit

Interprète professionnel et formateur en langue des signes française, Patrice Carillo intervient aussi dans les entreprises, au Service de la promotion professionnelle des sourds, à l’IRTS (l’Institut régional du travail social) ou encore à la fac de médecine, en psychomotricité, auprès des étudiants de première, deuxième et troisième années. « La langue des signes rapproche les gens, il y a des besoins dans les entreprises ou les administrations, et la loi du 11 février 2005 leur donne obligation d’accueillir comme il faut les personnes handicapées », rappelle-t-il. « Les jeunes ont trouvé là une aventure formidable, on leur donne la possibilité d’aller vers l’autre, différent par son handicap, d’échanger avec des gens qui ne parlent pas ou n’entendent pas. C’est vraiment un plus humain et professionnel : pour un employeur, que des jeunes aient appris la langue des signes montre une ouverture d’esprit, un sens de l’engagement, une capacité d’adaptation qui peut faire la différence », argumente Isabelle Polidano, professeur de communication.

Alors ça bouge sous les crânes. Au lycée pro de Saint-Aug’, on parle d’organiser des tournois et des rencontres avec des sourds et malentendants, l’an prochain. Dès septembre, les cours de LSF pourraient intéresser d’autres lycées de la CUB, tandis que quelques-uns rêvent de voir son enseignement généralisé à tous les établissements catholiques.

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