Les élèves de Fouché captivés par la langue des signes

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Thierry Lomon, formateur référent sourd en langue des signes au Sérac, enseigne quelques rudiments aux élèves de l'école de Fouché.

Vendredi matin, à l’école élémentaire de Deshauteurs, en entrant dans la salle du fond où les classes de CE2 et de CM1 sont réunies à l’occasion de la Journée nationale de l’audition, le silence règne. Pourtant, les élèves apprennent l’alphabet… celui de la langue des signes. Thierry Lomon, formateur référent sourd en langue des signes, et Yolaine André, secrétaire, travaillant tous deux au Sérac (Sourds entendants recherche action communication) enchaînent les signes.
« Ah oui, c’est intéressant! » , s’enthousiasme un élève, tout en montrant à sa camarade comment faire les lettres en mouvant ses petites menottes. Tous se pressent lorsqu’il s’agit d’aller s’exercer au tableau en épelant un prénom. Thierry et Yolaine ajustent les positions des doigts. La traduction entre les deux intervenants sourds et les enfants est effectuée par les autres membres du Sérac, entendants.

Nicole Balli, enseignante de la classe de CE2, apprécie l’attention dont les élèves font preuve. « Ils ont très bien réagi. Ils sont très demandeurs de tout ce qui est nouveau. Cela nous permet également de les sensibiliser au bruit, car le bruit à l’école, c’est un vrai problème. » Geneviève Pomet, formatrice bilingue au Sérac, met le doigt sur un phénomène important : la perte d’audition chez les jeunes. « Certaines infirmières ont pu vérifier sur les cinq dernières années que l’audition chez les jeunes était vraiment atteinte. Elles ont constaté à plusieurs reprises des baisses de 30% dans les collèges et c’est directement lié au mauvais usage des baladeurs ou aux sorties en discothèque. Il y a un manque d’information » , affirme-t-elle.
Dans la classe, les vocations ne tardent pas à se déclarer. Une quinzaine de petites mains s’agitent comme pour s’engager sur le champ. « Je veux enseigner et traduire la langue des signes » , « Moi je veux enseigner la langue des signes aussi » , clament certains enfants.
Mais pour l’instant, tous reprennent l’alphabet. Cette fois, c’est au tour des enseignants de tester leurs connaissances. Les gestes se font plus hésitants. « Bof bof! » , commente un élève, comme content de pouvoir évaluer son maître pour une fois. En tout cas, dorénavant, tous pourront dire qu’ils connaissent l’alphabet sur le bout des doigts. Sans exagérer.
« Une baisse de l’audition de 30% dans les collèges. »
– Serac, 16 bd de la Pointe Jarry, 05 90 24 35 35 ou 06 90 59 16 37. www.serac-gp.com
Cours de langue des signes aux entendants par technique de médiation linguistique dispensés sur place.

– Pas si facile la mission du traducteur
Virginie Millière, interprète professionnelle, s’emploie à expliquer la mission d’un traducteur aux jeunes traducteurs en herbe. La fidélité au message ainsi que la neutralité sont primordiales. Virginie fait donc une démonstration infaillible : « le téléphone arabe » . La traductrice glisse au creux de l’oreille d’un élève une phrase. Il doit la répéter de la même manière à son voisin puis ainsi de suite. Le bouche à oreille n’a jamais aussi bien porté son nom. Mais voilà, que dès le neuvième intermédiaire, le message paraît un peu bizarre à en croire le visage d’une petite fille qui ne comprend pas tout de suite et fronce les sourcils. Arrivé au dernier maillon de la chaîne, Jean-Michel, élève de CM1, répète, tout penaud, ce qu’on vient de lui dire : « Un maître éléphant » . Au départ, Virginie avait dit « Une souris verte qui courait dans l’herbe » .

INTERVIEW. Yolaine André, 34 ans, mère de quatre enfants, sourde depuis ses 2 ans : « Il faut une équité entre sourds et entendants »
Comment êtes-vous devenue sourde ?

Je suis née entendante. A l’âge de deux ans, j’ai eu un petit accident alors que je jouais dans la cour de l’école. Progressivement, je suis devenue malentendante, puis sourde.
Comment avez-vous été prise en charge ?
Naturellement, mes parents se sont inquiétés, j’ai eu une prise en charge rapide. J’ai été suivie par un orthophoniste. A 8 ans, je suis partie dans l’Hexagone pour suivre une scolarité normale et apprendre la langue des signes. On m’a mis des appareils mais ça ne servait à rien parce que j’étais sourde profonde et j’ai préféré d’ailleurs maîtriser la langue des signes parce que c’est ma culture et mon identité en tant que telle.
Comment ça se passe dans la vie de tous les jours ?
Mon mari est malentendant. J’ai quatre enfants qui, eux, sont entendants mais ils connaissent également la langue des signes. Ils sont bilingues. Ca se passe très bien.
Quel regard portez-vous sur les médias ?
Je regarde le dimanche soir l’émission Sept Actu avec Jean-Claude Lefort et l’interprète sur RFO, mais ça c’est une fois par semaine. Autrement, on manque d’information. Durant les événements qui se sont produits, on a eu des informations traduites au compte-goutte, une fois par semaine.
Que vous inspire la reconnaissance de la langue des signes ?
Le but c’est d’échanger, de retirer cette étiquette de handicap et de promouvoir l’information. Nous avons un droit en tant que citoyens depuis la reconnaissance de la langue des signes en 2005. On nous sollicite pendant les élections, on joue avec nous. Il faut qu’il y ait un interprète régulièrement qu’il y ait une équité entre sourds et entendants. Les personnes entendantes qui ont déjà un métier pourraient également prendre des cours. Celles qui font partie du corps médical, du corps social, du corps juridique pour qu’elles puissent nous accueillir.
Et vous, comment faites-vous quand il faut faire des démarches ?
Je demande à avoir un interprète. C’est un droit depuis 2005 d’obtenir un interprète pour toute vacation.

3 COMMENTS

  1. A l’attention De Lomon Thierry, comment-vas tu que je ne voyais plus depuis longtemps; Tu habites à 6000km de chez nous. J’aimerez bien discuter avec toi dans facebook à mon herlin michel charles robert à attendre de ta réponse sur mon email.. Amicalement

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