« Une étudiante étrangère, plutôt qu’handicapée »

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Pauline Desrochers est sourde de naissance. Elle termine sa 1 re année de fac, en psychologie à l’université Rennes 2, bien décidée à faire un métier qui lui plaît, comme une entendante.

Portrait

Pauline aurait aimer travailler auprès des bébés prématurés. Sourde, ce ne sera pas possible. Mais pour la jeune étudiante âgée de 20 ans, pas question de baisser les bras. « Mes parents m’ont toujours encouragée depuis que je suis toute petite. Pareil pour ma jeune soeur Lucile, sourde également. Si j’ai du mal à trouver un travail, c’est en raison de la crise, pas de mon handicap. »

À l’école, elle s’est battue pour avoir une scolarité classique. « J’ai au début souvent été mise à l’écart. Mes premières années d’école ont été difficiles, souvent on m’a rabaissée. » 6 e de rattrapage, deux redoublements et le bac SMS l’an dernier « tranquillement ! »

Pauline a croisé en milieu hospitalier une psychologue, sourde comme elle. C’est cette rencontre qui lui a donné l’envie de s’inscrire en psychologie à l’université Rennes 2. Toute l’année, elle reçoit le soutien d’étudiants rémunérés par le relais handicapés qui lui prennent ses cours. Elle bénéficie également de l’aide d’un interprète ou d’un interface (financés par l’Urapeda) présent à ses côtés pour lui expliquer les cours ou lors des examens. Elle a même pu suivre quelques assemblées générales durant le mouvement de contestation.

Cet après-midi, c’est Pauline, une amie d’enfance qui l’accompagne et lui sert d’interprète. Elle est étudiante aussi à Rennes 2, mais en communication. Les deux amies ont recours au langage des signes pour communiquer « j’ai appris avec Pauline, toute petite. D’autres sourds pourraient me comprendre, mais on a aussi toutes les deux, depuis le temps un langage codé, propre à nous », confie Pauline avec un regard complice.

« Les entendants viennent peu vers moi »

Originaires de Céaucé dans l’Orne, elles ont pris une colocation à Rennes. « Je pourrais me débrouiller seule, ajoute aussitôt la jeune étudiante en psychologie, je trouve toujours le moyen de communiquer. C’est parce qu’on est amies qu’on habite ensemble », explique Pauline. Ensemble, elles vont au cinéma, faire les magasins Pauline aime lire des romans fantastiques, des livres historiques, des bandes dessinées « et j’adore papoter ». Régulièrement, elle retrouve des amis sourds comme elle, qu’elle a connus à Fougères lorsqu’elle était au lycée et à l’institut Paul-Cézanne. « Les entendants viennent assez peu vers moi sauf pour me parler de ma surdité, du langage des signes. Finalement, ils me posent peu de questions sur moi, ce que j’aime, qui je suis… »

Avant, Pauline avait du mal à supporter le regard des autres « aujourd’hui, je m’en fiche. Ils pensent que c’est un handicap lourd, ça m’énerve ! J’ai toute ma tête, je suis en bonne santé. J’ai juste un souci, je n’entends pas et parle une autre langue, comme une étrangère qui arriverait en France ! »

Source : http://www.ouest-france.fr © 23 Avril 2009 à Rennes

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