La main des sourds

Casser l’isolement

A trois, ces volleyeuses de l’ASPTT Mulhouse et Pfastatt ont réussi à créer une belle dynamique autour d’une équipe composée de sourds venus de Mulhouse, Strasbourg et de Suisse. Ce samedi soir (18h), elles vont lui organiser un match en ouverture des «pros».

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Tout se fait par gestes entre les joueurs, sourds, et lentraîneur, ici Coline Graeber.
Tout se fait par gestes entre les joueurs, sourds, et l’entraîneur, ici Coline Graeber.

Lui il n’entend pas, il ne s’entend donc pas mais sur le terrain il n’arrête pas de parler, ou plutôt crier. « Allez ! », « Ouiii ! »… A la limite peu lui importe ce qu’il raconte, il sait très bien qu’autour de lui on ne l’écoute pas. Dans l’équipe ils sont tous sourds, entre eux ils ne communiquent que par gestes. Sans ces encouragements, inutiles car impossibles à partager, on n’entendrait que le bruit de la balle.

«Une initiative formidable»

Ce monde fait de silences, elles sont trois joueuses à tenter de le briser depuis quelques mois. Dans le cadre de leurs études (Staps, mention activité physique adaptée), Isaline Sager-Weider, Charline Houillon et Coline Graeber ont décidé de mener à bien un projet « sport et santé ». Et elles ont choisi d’organiser des séances d’entraînement pour des joueurs sourds.
Ce samedi soir (18h), en ouverture du match de championnat Pro entre l’ASPTT Mulhouse et Saint-Cloud, le palais des sports accueillera une rencontre amicale opposant la réserve de l’ASPTT et une équipe de l’ASCSSM (Sourds de Mulhouse) composée de joueurs venus de Strasbourg, Mulhouse… et de Suisse. Ce n’est pas toujours facile, cela leur plaît, elles s’y investissent.
« Sur certains exercices il faut du temps, confie Isaline Sager-Weider (ASPTTM). On a l’impression qu’ils ont compris… en fait non. Alors on utilise un tableau. » « Ils fonctionnent beaucoup par mimétisme, appuie Charline Houillon (ASPTTM). Certains même lisent sur les lèvres. Franchement quand on les observe jouer, on ne voit pas la différence. Ils ont largement le niveau loisir. »
Pour la saison à venir, il est d’ailleurs prévu d’inscrire cette formation dans le championnat corporatif. « Nous voulions montrer qu’il n’était pas forcément nécessaire de parler pour jouer au volley », raconte Isaline. Il y a une poignée d’années déjà, Magali Magail, entraîneur numéro 1 à l’ASPTTM, avait participé à quelques séances avec des sourds au Phare. L’expérience avait plu à tous.
« Le problème est le manque d’entraîneurs pour sourds, explique Jean-François Goetschy, président de l’ASCS Sourds de Mulhouse. Il n’y en a pas parlant la langue des signes – reconnue langue officielle. Cette initiative est formidable, chacun fait des efforts pour aller vers l’autre. » Charline, Coline et Isaline finissent par retenir un mot ou deux à chaque séance pour un échange minimum.
« Un sourd peut faire du sport, enchaîne M. Goetschy. Le seul problème est de pouvoir communiquer. Quand il n’est pas compris, qu’il ne peut pas échanger, un sourd se sent isolé. Entendants et non-entendants sont coupés et ne se comprennent pas. Il y a un isolement. Lire sur les lèvres ? On parle tous différemment, il faudrait un dictionnaire pour chacun ! L’intégration est difficile. »
Être entraîné par des joueuses de l’ASPTT Mulhouse et Pfastatt (Graeber) est vécu comme un enchantement. « C’est une reconnaissance, comme si on oubliait cet handicap qui est juste un mode de communication différent et pas partagé. Là, on se sent perçu d’une autre manière, pris en compte. Sur un terrain on ne voit pas la différence, cela redevient un handicap invisible. »

Source : http://www.dna.fr © 01 Avril 2009 à Mulhouse

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