La main des sourds

Au tableau ! L’école sans élèves du centre pour déficients auditifs

Tous les mercredis, rendez-vous avec l’actualité des écoles, collèges et lycées Quand Alain Jabouin, directeur du Cesda (Centre d’éducation spécialisée pour déficients auditifs), affirme être « le directeur d’une école sans élèves » , on se demande d’abord si l’on a bien compris. Pourtant c’est bien cela, une école sans élèves… en tout cas sur le lieu du centre.

En effet, les 145 jeunes qui la fréquentent sont scolarisés dans des établissements scolaires normaux du département. Ce n’était pas le cas à l’origine, quand l’école des sourds (et des aveugles) fut fondée, au milieu du XIX e siècle, par les soeurs de Saint-Vincent de Paul : l’enseignement spécialisé se faisait sur place.
Puis germa l’idée de permettre aux déficients
auditifs de se mêler aux autres jeunes plutôt que d’être “relégués” à part. Comment ? Pour certains, des malentendants dont le handicap peut être assez bien corrigé par des prothèses auditives et qui ont peu de troubles relationnels liés à leur surdité, on pourra mettre en oeuvre une formule de scolarisation individuelle. Ces élèves sont dans des classes ordinaires, avec des aménagements, comme un micro-cravate reliant le professeur à l’élève sourd et l’assistance d’un enseignant du Cesda ; ce dernier aide l’élève, mais peut aussi donner des conseils à l’enseignant comme ne pas parler pendant qu’il écrit au tableau : de dos, l’élève ne peut lire sur ses lèvres.
Alain Jabouin affirme que « les profs concernés expliquent, quasi unanimement, que les efforts qu’ils ont dû faire pour intégrer ces élèves spécifiques ont, en fait, bénéficié à toute la classe et en particulier aux élèves en difficulté ». Cette formule individualisée n’est pas possible pour tous, en particulier pour les sourds profonds ou ceux qui ont des troubles relationnels importants ; c’est pourquoi il existe un deuxième système, celui de la scolarisation collective : des classes ne regroupant que des enfants sourds, à effectifs réduits, de 7 à 10 élèves ; mais toujours à l’intérieur des locaux de l’établissement ordinaire, la carte de la mixité reste fondamentale.
Actuellement, les élèves – en scolarisation individuelle ou collective – sont ainsi répartis dans près d’une soixantaine d’établissements du département : des collèges, des lycées d’enseignement général, d’enseignement professionnel ou des centres de formation d’apprentis… Pour travailler auprès de ces 145 élèves, la fonction pédagogique n’est pas suffisante : auprès du personnel enseignant, on trouve des éducateurs, des personnels médicaux généralistes ou spécialisés ; mais alors, tout ce monde n’est que rarement au Cesda ? Pourtant, les locaux sont vastes… c’est que, si le Cesda est un établissement sans élèves, il est aussi le lieu où se retrouvent, chaque soir, quelque cinquante internes qui dorment dans ce qui est finalement bien une école.
Et même, ajoute malicieusement Alain Jabouin, « une école bilingue » , car la langue des signes n’est pas considérée seulement comme un langage, mais a acquis le statut de langue !

Source : http://www.midilibre.com © 01 Avril 2009 à Montpellier

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