La main des sourds

Changer de regard sur les sourds

Il n’y a pas tant de frontières entre les entendants et les sourds. Tous humains. Tous avides de communiquer. Avec le documentaire «Sourds et malentendus» diffusé mardi soir sur France 5 à 20h35 et qui sera suivi d’un débat, Sandrine Herman espère poser les jalons d’une passerelle entre ces deux mondes qui selon elle n’en font qu’un.

Sourde de naissance, la directrice de la collection «L’œil et la main», y raconte son histoire.
Celle d’une fillette qui a cessé d’être une enfant comme les autres dès lors que ses parents ont eu connaissance du diagnostic. «Le lien que nous avions s’est alors défait. Ils ne me voyaient plus que comme une oreille», raconte-t-elle dans ce film où des scènes de reconstitution (pour retracer son enfance) alternent avec des témoignages, des reportages et des interviews.

Coupée des autres, ballottée d’orthophonistes en hôpitaux, Sandrine ne revit qu’à l’âge de neuf ans lorsqu’elle croise d’autres sourds en institut. «J’ai alors commencé à pratiquer la langue des signes». Cette langue, bannie pendant un siècle, reste encore tabou. «En province, mes parents étaient moins avertis. Ma mère n’a commencé à l’apprendre que récemment. Aujourd’hui encore, certains médecins considèrent la langue des signes comme de la préhistoire et préfèrent proposer une implantation cochléaire (ndrl : un appareil implanté dans la tête) sans insister sur l’épanouissement de l’enfant, le contact avec ses parents. Or, on peut vivre ensemble, partager une expérience».

“Considérés comme des oreilles”

C’est là l’objectif du documentaire qui balaye toute la problématique, de l’annonce du diagnostic à l’intégration scolaire: «Changer le regard sur les sourds pour qu’ils ne soient plus considérés comme des oreilles et sous l’aspect médical. On est humains avant tout», affirme Sandrine Herman. Aînée d’une famille recomposée, maman elle-même de deux enfants (entendants), la jeune femme de 36 ans ne manque pas d’énergie pour défendre la cause des sourds et agir.

Outre l’émission «L’œil et la main» lancée en 1994- «bilingue, destinée à tous les publics et indispensable pour faire le pont entre entendants et sourds»-elle préside l’association «Des yeux pour entendre» qui bataille depuis 2004 pour imposer la langue des signes et créer des écoles bilingues. «Il en existe huit en France et la dernière a ouvert en septembre à Massy où je vis. Mais il reste tant à faire. La France est très en retard notamment en matière de structures d’accompagnement pour les parents d’enfants de zéro à trois ans».

La télévision, elle-même devrait rougir. «Le journal de 20 heures est juste sous-titré mais le sous-titrage enlève toute émotion, regrette Sandrine Herman. Au-delà, on pourrait imaginer une série avec un héros sourd comme cela existe aux Etats-Unis et en Angleterre. Et, je me bats pour créer une émission hebdomadaire bilingue pour les enfants. J’ai eu des contacts avec France 3, France 5 et Canal + et j’attends depuis deux ans». A croire que le message a encore du mal à passer.

Source : http://www.leparisien.fr © 03 Mars à France

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