La main des sourds

Les mains pour le dire

Ils sont entendants, travaillent parfois au contact de personnes sourdes ou malentendantes et ont choisi de dépasser la barrière de la langue. Pendant une semaine, l’Association des parents d’enfants déficients auditifs (Apeda) va leur apprendre leurs premiers mots.

Christophe Laroche : «La langue des signes n’est pas du mot à mot mais un ensemble d’images».

Ici, le silence est obligatoire. Seule s’exprime la musique des mains. Rapide et évocatrice. Les paumes se frôlent ; l’instant d’après, elles s’entrechoquent, le regard venant compléter cette petite chorégraphie. « Pour un entendant, le plus difficile est de se passer de sa voix », s’amuse Christophe Laroche, formateur en Langue des signes française (LSF), sourd depuis l’âge de trois ans. Toute cette semaine, dans les locaux de l’Apeda (Association des parents d’enfants déficients auditifs), il va enseigner les rudiments de son vocabulaire à des personnes entendantes.
L’exercice commence par un échauffement des doigts. On se frictionne, une par une, les phalanges, les mains se plient et se replient, avant que les poignets viennent former des cercles. Christophe relève l’index et le majeur, qu’il avance ensuite plusieurs fois vers lui. L’assistance se lève et approche. Lui sourit de leur erreur. Un simple pouce levé est plus compréhensible. «Ah, il voulait dire que c’était bien!» Marie-Laure Rueff est l’une des sept élèves présentes. «Je suis une formation d’éducateur spécialisé à l’IRTS. On ne m’a pas demandé de le faire, mais je pense que c’est un plus. C’est une langue qui m’a toujours tenue à cœur. » Marie-Christine, elle, est au contact, depuis peu, d’un malentendant. «Il fait sans arrêt l’effort de se faire comprendre. A moi, d’essayer d’apprendre sa langue.» D’autres encore sont venus par plaisir. L’enseignement durera plusieurs mois.

Un visage expressif

Sur le mur, une affiche retranscrit la dactylologie, l’alphabet en signes. Une main totalement ouverte forme un “M”, un “T” ou un “F”. Rapprochée du menton, elle forme un “O”. «La langue des signes n’est pas du mot à mot mais un ensemble d’images. Les entendants se reposent sur leurs oreilles. Je vais d’abord ouvrir leur champ de vision.» Christophe sort un imagier et distribue au hasard des cartes. Marie-Laure est la première à essayer de faire deviner son objet. Elle représente un bâton horizontal puis s’arrête, grimace, rigole avant de recommencer avec réussite cette fois. En face, les autres dessinent un balai. Réponse exacte. «L’expression du visage est primordiale. A un signage parfait, un malentendant préférera quelqu’un qui fait des erreurs mais qui est expressif, car il est plus facilement compréhensible.» A la volonté de dire de l’un, répond le désir de comprendre de l’autre. Christophe sourit. «Jusqu’à il y a une dizaine d’années, quand je signais dans la rue, on me regardait bizarrement. Ma surdité était un handicap. Aujourd’hui, les mentalités sont en train d’évoluer.Les barrières tombent. » Une image survient. Celle d’une main tendue vers cet autre, à la langue similaire mais au langage différent.

Renseignements et inscriptions : Urapeda, à Nancy, tél. 03 83 37 31 75, www.urapeda-lorraine- alsace.eu

Source : http://www.republicain-lorrain.fr © 17 Février 2009 à Nancy

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