La main des sourds

Formation des sourds en langue des signes

C’est sous son célèbre Crédo « Pas de silence pour les sourds du Maroc» que le Forum marocain des sourds a organisé récemment les premières journées de formation dans le langage des signes au profit des cadres de la Santé de Fès avec le concours de Handicap International et en collaboration avec la délégation de la Santé publique de Fès et le CHU de Marseille.

« Ces journées ont eu lieu au siège de l’Institut de Formation des Cadres de la santé de Fès au profit d’un panel de 35 personnes, comprenant médecins, infirmiers, assistantes sociales, ainsi qu’orthophonistes. La formation a été encadrée par le docteur Jean Dagron qui est le premier médecin utilisant la langue des signes en France. Il a initié la première consultation en langue des signes à la Salpêtrière, à Paris en 1994 et a crée la première structure d’accueil de la communauté des sourds au CHU de Marseille. Il était accompagné dans ces journées de la formation par Christian Coudouret qui est un soignant sourd souffrant de surdité », indique Abdelaziz Arssi, président de l’Association du Forum marocain des sourds (AFSM). Le choix par ailleurs du corps médical par l’association pour bénéficier de la formation sur le langage des signes n’est pas fortuit. « Les patients sourds rencontrent souvent des difficultés de communication dans le milieu hospitalier national surtout dans des situations d’urgence et en l’absence totale des interprètes dans la langue des signes.

Cette formation même à petite échelle devrait permettre d’améliorer la prise en charge des patients sourds en milieu hospitalier, de faciliter la tâche au corps médical et d’éviter les mauvais diagnostics», explique A. Arssi. Généralement, l’entourage des sourds (famille, école, milieu médical, etc.) au niveau national n’est pas formé au langage des signes. Ce qui confine ces personnes, qui vivent au quotidien la difficulté d’accessibilité, dans une sorte de passivité et d’isolement alors qu’ils représentent une communauté qui a son propre langage que tout le monde peut apprendre pour communiquer avec elle. Pis encore, il y a une absence quasi totale des structures d’enseignement pour les enfants sourds marocains.
Les plus chanceux poursuivent trois ou quatre premières années de scolarité dans des classes polyvalentes en l’absence d’un mode de communication spécifique. Par la suite, ils sont livrés à l’isolement absolu puisqu’ils n’ont pas accès aussi à la formation professionnelle. Ce qui les exposent à plusieurs problèmes psychologiques et sociaux et handicape largement leur intégration dans la société.

« Au Maroc, il y a plus de 23.000 enfants sourds et malentendants en âge de scolarité (d’après l’enquête nationale de 2004). Près de 800 enfants sont solarisés selon les chiffres du ministère de l’Education nationale et plus de 1.200 sont scolarisés par des associations. Il y a par conséquent une différence de 21.000 enfants qui sont en liste d’attente. Et là, c’est un message fort destiné au ministre de tutelle de la part de tous les parents concernés qui attendent une solution équitable pour leurs enfants sourds. Ils sont citoyens marocains et ont droit à l’enseignement et à la santé…», souligne Arssi. «Les programmes au niveau de l’éducation, de la santé, ou de l’emploi doivent être suffisamment mis en application. De plus, la culture des sourds, doit être inculquée dès l’enfance.
De ce fait, le gouvernement est appelé à mettre en place des programmes d’éducation nationale spécifique à ce type de handicap pour permettre la scolarité et la formation des sourds, pour une meilleure accessibilité à l’information et intégration dans la société », précise le président de l’ASFM.

«Le Maroc compte plus de 23.000 enfants sourds et malentendants en âge de scolarité»
Interview • ABDELAZIZ ARSSI : Président de l’AFSM et président du Contact africain pour la santé mentale et la surdité

Est-ce que la problématique de l’isolement des sourds au Maroc est due au manque de moyens financiers, de logistiques, ou de ressources humaines ?

La problématique de l’isolement des sourds au Maroc est due surtout à un manque de conscience envers les besoins de ces personnes. Ce n’est pas à mon avis un manque de moyens financiers. C’est le manque d’un engagement politique pour répondre aux besoins les plus élémentaires des sourds qui sont souvent des personnes, outre l’handicap de la surdité, à part entière. Le manque de ressources humaines dans le domaine est la conséquence du manque d’un engagement politique en faveur des sourds et d’une vision pour leur intégration dans la société puisqu’ils représentent une réalité qu’on ne peut pas continuer à ignorer. Le Maroc compte plus de 23 000 enfants sourds et malentendants en âge de scolarité (d’après l’enquête nationale de 2004) et près de 63 000 personnes en situation de handicap auditif seraient déficientes auditives selon les statistiques de l’Enquête Nationale du MDSFS et 33600 selon le Recensement Général du HCP en 2004.

Et qu’en est – il de l’approche médicale au sein des associations qui luttent contre l’isolement des personnes sourdes ?

Les associations des sourds au Maroc n’ont pas encore atteint le niveau de parler des approches. Elles essaient chacun à sa façon et avec les moyens du bord de servir la cause des sourds même si elles ont un grand besoin pour le renforcement de leurs capacités au niveau gestion, communication et plaidoyer. Au sein de l’AFSM, nous travaillons avec l’appui de Handicap International et d’autres partenaires pour faciliter la communication chez les sourds en améliorant leur environnement.

Le transfert des bonnes pratiques, la sensibilisation et la formation, sont -ils suffisants pour traiter cette problématique ?

Oui, bien évidemment, notre objectif aujourd’hui est de normaliser la langue des signes marocaine et la rendre accessible pour tous. Ce n’est pas facile mais nous essayons de le faire avec les moyens dont nous disposons. Ceci étant, il s’avère aujourd’hui indispensable d’aménager des infrastructures spécifiques et adaptées aux enfants sourds au sein des écoles et des centres spécialisés. Il faut aussi que toutes les instances étatiques s’impliquent pour rompre l’isolement des sourds et leur intégration dans la société. A leur tête les ministères de l’Education nationale, de la Sante, de la Justice et du Transport parce que les sourds au Maroc sont les seules personnes au Maghreb qui n’ont pas le droit d’avoir un permis de conduire.

*(Journaliste stagiaire)

Source : http://www.lematin.ma © 25 Janvier 2009 à Marseille

4 commentaires
  1. ahmed barkadleh dit

    je besoin un formation de langagae de signe pour je l²enseigne aux enfants sourds et maentendant

  2. tabarani chouaib dit

    j’ai connu “formation des sourds en langue des signes” que je l’irai à l’école

  3. akelewa bellarmain dit

    bonjour,
    j’ai l’envie de faire une formation d’interprete et de taduction pour devenire professeur de sourd muet . en effet je en republique democratique du congo je cherche une école ou centre de formation en importe quel pays du monde pour me permetre a enseigner meme dans les campagnes de mon pays après ma formation.

  4. les petits yeux de taroudant dit

    parrainage d’enfants en difficultes
    nous voulons developper le parrainage d’enfants sourds sur taroudant afin qu ils poursuivent leur scolarité dans la culture sourde

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