Le combat d’un homme sourd pour devenir chauffeur

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À 25 ans, Youssef Berkach veut exercer la profession de conducteur de transports en commun. Malgré une bonne santé physique et psychologique, son handicap l’en empêche.

Youssef Berkach est atteint d’une surdité profonde. À 25 ans, il vit seul à Bourg-en-Bresse. Il porte des appareils auditifs et oralise depuis la maternelle, ce qui lui a permis de fréquenter des personnes entendantes, tout au long de sa vie.

Après avoir suivi une scolarité classique, il décroche son bac professionnel de maintenance d’appareils électroménagers. En 2002, il obtient son permis de conduire B. Mais Youssef veut devenir conducteur de transports en commun.

Pour cela, il doit, au préalable, se présenter devant une commission primaire, constituée de médecins. À savoir que pour passer un permis poids lourds, il est obligatoire de passer une visite médicale, que la personne soit entendante ou non.

Étant donné la complexité des démarches, il abandonne, dans un premier temps. Mais impossible pour lui de se débarrasser de cette ambition. Il rencontre, alors, l’association « Cap emploi » qui convient avec la préfecture d’un rendez-vous avec un médecin.

« Le jour de la visite, il n’y avait pas d’interprète, je me suis donc débrouillé à l’oral », explique Youssef. Le médecin l’oriente vers un médecin ORL, pour passer un audiogramme. Cet examen révèle que Youssef est sourd profond, mais ça, il le savait déjà. Les spécialistes lui conseillent de changer ses appareils auditifs.

Afin de couvrir les frais, le jeune homme exerce un travail alimentaire et reçoit des aides de la sécurité sociale et de la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées) pour financer les appareils. Entre le coût de l’appareillage et les frais engendrés, Youssef débourse 1 800 euros.

Il se rend au second rendez-vous et le verdict tombe : Youssef est considéré « inapte » pour conduire. Si la loi est floue sur les conditions d’accessibilité à la profession de chauffeur de véhicule lourd pour les personnes touchées par une déficience auditive, celle du 11 février 2005 sur l’égalité des chances pour les personnes handicapées est claire : la communauté doit faciliter leur intégration personnelle et professionnelle.

En bonne santé physique et mentale, Youssef considère que sa surdité ne devrait pas entrer en ligne de compte. Déterminé, il ne baissera pas les bras, bien décidé à faire tomber les barrières de son handicap. « Je suis conscient que cela peut poser un problème de sécurité, mais il y a des moyens de remplacer le son par des aménagements visuels », confie-t-il.

Effectivement, les personnes sourdes ont la capacité de compenser leur déficience par les autres sens. Le jeune homme regrette que les médecins n’appréhendent pas mieux l’univers des sourds et craignent autant d’engager leur responsabilité, mais aussi qu’il n’ait même pas eu la possibilité de passer des tests pratiques au volant.

En 7 ans de conduite, Youssef a conservé la totalité de ses points et a toujours su rester prudent sur la route.

La situation de Youssef face à la loi

La loi du 21 décembre 2005, portant sur le permis de conduire (catégorie poids lourds, 3e classe, « ORL ») stipule que la limite de référence de la déficience auditive, qu’elle soit progressive ou ancienne, est de 35 décibels jusqu’à 2000 hertz (voix chuchotée au-delà d’un mètre, voix haute à 5 mètres).

Il y a compatibilité temporaire, à condition que le sujet soit ramené par prothèse ou intervention chirurgicale aux conditions normales de perception de la voix chuchotée à un mètre, voix haute à 5 mètres. Dans ce cas, il est obligatoire de posséder sur le véhicule des rétroviseurs bilatéraux.

Avec ses appareils auditifs, Youssef Berkach entend bien à plus de 20 mètres. À savoir, un autocar mesure, en moyenne, 13 mètres

« À l’intérieur de l’autobus, j’entends très bien les conversations, le moteur, le frein et les autres éléments techniques et mécaniques, essentiels au vu de la loi quant à la sécurité de mes passagers », précise le jeune homme.

Source : http://www.leprogres.fr © 14 Janvier 2009 à Bourg-en-Bresse

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