A la une

« Je ne veux pas être célèbre, juste qu’on sache que je sais danser »

Étienne Doudou est chorégraphe. Installé à Villeneuve-d’Ascq, il a récemment monté une comédie musicale, « Fais-moi un signe », présentée à Mons-en-Baroeul, et ne manque pas de projets, comme beaucoup d’autres jeunes trentenaires. À un détail près : Étienne est sourd. Mais il ne veut pas en entendre parler !

Comment êtes-vous venu à la danse ?

Dans le salon de son petit appartement, Étienne danse, compose et écrit. Après la comédie musciale «Fais-moi un signe», il travaille sur trois nouveaux spectacles.
Dans le salon de son petit appartement, Étienne danse, compose et écrit. Après la comédie musciale «Fais-moi un signe», il travaille sur trois nouveaux spectacles.

« Quand j’étais petit, j’ai beaucoup regardé de comédies musicales à la télévision. Il y avait Grease, mais aussi des films plus anciens, avec Gene Kelly et Fred Astaire. Je les imitais en dansant. Ça m’a donné envie de faire du théâtre. Plus tard, j’ai travaillé à Eurodisney, je faisais des personnages de dessins animés dans la parade. On m’a dit que j’avais des talents de danseur. Alors j’ai suivi des études de danse à Lille, pour me former aux différents styles du monde. Et je suis devenu chorégraphe. »

– Comment faites-vous pour danser en étant sourd ?

« Ce ne sont pas mes oreilles qui dansent, mais mon corps ! Je sens les vibrations de la musique. Et si je suis sourd, je ne suis pas muet. Je sais donc me faire comprendre en cours. »

– À qui donnez-vous ces cours ?

« À tout le monde. Pour moi, la danse n’est pas faite que pour les danseurs. C’est pour ça que je travaille entre autres avec des jeunes handicapés en ce moment, à Villeneuve-d’Ascq. Le spectacle est prévu en mars. J’ai également deux autres projets, à Fives et à cheval sur Arras et Lille.

» – L’un d’eux concerne votre groupe de musiciens… « Oui, il s’appelle Le mur du son. Nous sommes tous sourds. On crée notre propre musique, à base essentiellement de percussions et de guitare. Forcément lors des concerts, on met les décibels à fond, pour que le public sourd puisse sentir les vibrations. On conseille aux entendants de rester au fond ! »

– Vous semblez très actif, mais rencontrez-vous des obstacles ?

« Oui, quand j’écris par exemple. Je travaille sur un scénario mais je ne sais pas comment faire parler des policiers ou des avocats : je ne les ai jamais entendus ! Sinon, il m’est aussi arrivé, lors de castings, de ne pas parler de ma surdité car d’autres danseurs, parfois moins bons, étaient pris et pas moi. Quand j’ai des projets, c’est difficile de demander des financements. Les gens ne comprennent pas qu’un sourd puisse danser, ils n’osent pas me contacter. J’ai l’impression qu’en France, on nous donne une allocation d’adulte handicapé pour qu’on reste chez soi. Mais moi, j’ai envie de travailler, je ne me laisse pas faire ! »

– À quoi rêvez-vous pour l’avenir ?

« À une grande école de chant, musique et danse, un peu comme dans Fame. Elle serait ouverte à tous les publics. Tout le monde y serait le bienvenu, petit ou grand. Et sans concours, pour ne pas briser de rêve. Là encore, je risque de rencontrer le même problème : où trouver des financements ? Parfois, j’en ai marre, rien n’avance comme je le souhaiterais. Mais je veux réussir, montrer que, même sourd, je peux y arriver.

Je ne cherche pas à être célèbre, juste qu’on sache que je sais danser… » • >

Contact : Tél : 06 32 95 06 55 (texto), ou etidou@hotmail.com.

Source : http://www.lavoixdunord.fr © 05 Janvier 2009 à Villeneuve d’Ascq

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Bouton retour en haut de la page
ajax-loader
Fermer

Adblock détecté

Cher lecteur, Vous voyez cette page car votre bloqueur de publicité est activé. Veuillez le désactivez puis cliquer sur "Accéder à Sourds.net" Pour vous remercier.