Il enseigne lalangue des signes : Nicolas facilite le quotidien des sourds

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Nicolas Baheu, un Boulonnais de 25 ans, est sourd. Le jeune homme a appris la langue des signes française (LSF) au cours de sa scolarité, en Normandie. Il a décidé d’en faire son métier, en devenant interface en langue des signes.

Nicolas aime «parler avec les mains.» Ici, le jeune homme dit « Bonjour!»
Nicolas aime «parler avec les mains.» Ici, le jeune homme dit « Bonjour!»

« Adolescent, j’étais élève à l’institut André-Beulé de Nogent-le-Rotrou, se souvient Nicolas. J’ai commencé à apprendre la langue des signes – un mode de communication découvert par l’abbé de l’Épée en 1760.

Au bout de trois mois, je la parlais presque couramment. J’ai toujours aimé parler avec les mains ! » Il y a deux ans, Nicolas revient dans sa région d’origine et s’installe à Boulogne. C’est ici qu’il commence à donner des cours de langue des signes aux particuliers. « Je peux aussi me déplacer jusqu’à Calais ou Saint-Omer », précise Nicolas. Ses clients viennent de tous les horizons : un couple équihennois, dont les enfants sont appareillés une jeune fille qui souhaite devenir éducatrice spécialisée – « Connaître la LSF serait pour elle un sacré avantage » -, ou tout simplement « des gens curieux, qui ont envie d’apprendre . » Nicolas intervient aussi auprès d’élèves et de professeurs du lycée Cazin.

Le 15 septembre dernier, Nicolas a créé son entreprise, dans l’objectif de pérenniser son activité principale : il est interface en langue des signes. « En établissant une relation de confiance, je peux aider humainement et techniquement d’autres sourds dans toutes sortes de démarches : rencontre avec un assistant social, participation à une réunion publique, précise Nicolas.

Récemment, par exemple, j’ai assisté un couple de personnes âgées qui avait besoin de remplir des papiers, ce qui leur a permis de gagner du temps . » Nicolas fait bien la distinction entre un interprète – « qui traduit mot à mot, et ne prend pas toujours le temps d’expliquer » – et son rôle d’interface : « Je fais un peu de médiation auprès des sourds, quand ils n’ont pas compris quelque chose. »Pour l’instant, Nicolas travaille seul. Mais si son entreprise fonctionne bien, il envisage « d’embaucher un interprète professionnel . » Sa surdité au quotidien, le jeune homme, appareillé depuis l’âge de trois ans, ne la considère pas comme un handicap : « Ça se vit, tout simplement. » Il regrette en revanche le manque de traductions en langue des signes, à la télé par exemple. Le jeune homme rencontre régulièrement les autres sourds du Boulonnais, lors du « café signes » en particulier (lire ci-dessous). Un rendez-vous qui permet aux sourds de communiquer dans une langue « impratiquée de 1880 à 1980, car elle était considérée comme une langue barbare, pour les fous. Aujourd’hui, la LSF se renouvelle sans arrêt. Avec nos mains, on a des milliers de manières de communiquer, et on arrive à se faire comprendre dans le monde entier. Les expressions du visage permettent de valoriser les signes. » Le jeune homme a d’ailleurs personnalisé un proverbe bien connu : « La parole est d’argent, le silence est d’or, mais le geste est de diamant … » •

> Contact : tél. 06 75 40 15 50 ou e-mail paroledemains@hotmail.fr

Source : http://www.lavoixdunord.fr © 27 Décembre 2008 à Boulogne

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