Adamo Sayad : « Je danse les vibrations »

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Adamo Sayad, sourd de naissance, et Patricia Loubière dansent « La nuit des signes »

de Bernard CalendiniEtant sourd, comment êtes-vous devenu danseur ? Comment faites-vous ?
Adamo Sayad : J’ai été remarqué dans une boîte de nuit où j’allais danser pour m’amuser, par une compagnie canadienne. Ils m’ont proposé de les rejoindre, m’ont appris les bases du rythme. J’ai travaillé pendant des heures avec un métronome. J’ai appris à sentir la musique grâce à ses vibrations, surtout les graves. Je les perçois sur les bras, le visage, les yeux, l’extérieur des cuisses, là où d’autres sourds sentent avec le ventre, les pieds. J’ai travailbeaucoup de danses différentes – hip-hop mais aussi tango, valse – j’ai tout aspiré.Et vous, Patricia Loubière, pourquoi cette
attirance pour la culture malentendante ?
Patricia Loubière : Mon demi-frère était malentendant. J’ai appris à signer avec lui, toute petite. Puis, j’ai arrêté de signer jusqu’au jour, en 2004, où j’ai monté un projet sur le langage du corps. Or, la danse et la langue des signes sont très proches. Avec ma compagnie Mozaik, à Montpellier, j’ai monté Signes, une pièce pour sept danseurs hip-hop et une comédienne sourde. Je suis séduite par la poésie du corps et du visage qui ressort dans leur langage. En tant que danseur, la technique nous coupe en deux. Nous oublions de donner de l’expression à nos traits. Or, pour un malentendant, il est essentiel que le visage exprime ce qu’il dit avec les mains. La configuration des mains est la même pour certains mots, comme triste et sérieux, l’expression du visage donne le sens.
Adamo Sayad : Dans mon association Art’sourd, près de Colmar, je donne des cours de hip-hop et de théâtre à des enfants, des ados et des adultes, partout en France. Je leur apprends à regarder comme un sourd, tout autour d’eux. On entend avec nos yeux et on répond avec nos mains. Ils sont émerveillés et je suis ravi de faire mieux connaître la culture malentendante, comme dans le spectacle La nuit des signes, qui fait se croiser plein de gens comme dans la vie et est accessible à tous.
Était-il important qu’un danseur sourd soit dans ce spectacle-là ?
Patricia Loubière : Indispensable pour la légitimité de ce spectacle qui évoque l’univers des malentendants. Si je sais un peu signer, Adamo lui est imprégné. Il est impressionnant de présence sur scène.
Êtes-vous un ambassadeur ?
Adamo Sayad : Un messager. Je monte sur scène pour que des sourds sachent qu’ils peuvent le faire et que les entendants changent de regard sur nous.

Source : http://www.midilibre.com © 10 Décembre 2008 à Nîmes

3 COMMENTS

  1. Bonjour, je suis une élève de terminale en option théâtre au lycée G.Cuvier à Montbéliard. En vu de l’approche du bac, je dois faire un dossier en théâtre. J’ai décider de prendre comme thème la place de l’hadicapé dans l’activité théâtrale. J’aurais aimé poser quelques questions à Mr Sayad ou à son équipe… Je vous remercies par avance. Mes coordonnées sont: mathilde.roussey-henriot@laposte.net

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