La main des sourds

Sourds et entendants réunis dans la foi de Noël

Le 25 décembre, à 10 heures, en l’Église de la Chabure, à Saint-Chamond, sourds et malentendants pourront suivre une messe célébrée dans le langage des signes.

« La première fois qu’on a vu l’écran se dérouler, on a eu les larmes aux yeux. Il ne faut pas oublier que la vue est notre oreille… ».

C’était il y a presque 30 ans. Pour la première fois, Monique et Robert Gallon, sourds de naissance, pouvaient suivre une messe célébrée en français signé, traduite en direct et projetée sous forme de textes et d’images sur un écran situé au cœur de l’église.

Cette révolution signée André Belmonte, prêtre et fondateur de la pastorale Diocésaine des sourds, est devenue un rituel pour les communautés sourdes et malentendantes. Deux messes célébrées par mois, des baptêmes, des mariages, des funérailles.

Autant de grands moments de vie, exprimés dans la langue des signes et qui permettent aux déficients auditifs de ne plus se sentir à l’écart : « Cela change des messes où les sourds se sentent perdus et donc exclus », expliquent les Gallon, époux sexagénaires originaires de Fraisses.

N’exclure personne. Un sacerdoce pour le père Belmonte qui tient à la présence de personnes entendantes lors de chaque messe : « La salle est toujours remplie. Sourds profonds, malentendants et entendants se côtoient et communient ensemble ».

La projection d’images, de phrases se déroulant de manière à miner le rythme de mélodies musicales, les gestes travaillés dans l’espace : tout une symphonie gestuelle et visuelle qui rend vivante la messe et suscite la mixité. « C’est une manière pour nous aussi de combattre les préjugés et de créer une communication entre les personnes entendantes et malentendantes », poursuit André Belmonte, cheveux grisonnants et petites lunettes détourées.

Avec près de 400 familles sourdes et 2 000 malentendants dans l’agglomération stéphanoise, ce genre de manifestation permet une réelle intégration de ces communautés. Pourtant, seul le père Belmonte est apte à officier les messes en français signé.

Un problème pour l’avenir dont le religieux est conscient : « Je cherche la relève (un prêtre et un traducteur NDLR) mais ce n’est pas évident. Si on ne trouve pas, j’ai bien peur que ça entache la foi des jeunes sourds qui ne se déplaceront plus pour assister à l’office ».

André Belmonte espère que l’Église mettra tout en œuvre pour permettre à ces moments religieux de perdurer. Les époux Gallon, qui ont connu l’avant et l’après des messes visuelles, confirment : « Avant on essayait tant bien que mal de suivre, mais ça n’avait pas d’intérêt surtout lorsqu’il y avait beaucoup de musique! »
Alors pour eux, la Chabure, comme Paris vaut bien une messe.

Source : http://www.leprogres.fr © 24 Décembre 2008 à Lyon

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