Culture et langue des signes se bat pour la cause des sourds

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Depuis 13 ans, Culture et langue des signes poursuit le combat de Ferdinand Berthier. Cet écrivain louhannais fut au 18e siècle un ardent défenseur des sourds et de leur culture. Aujourd’hui, tout n’a pas changé, et l’association a encore du pain sur la planche.

Après la restauration de la tombe de Ferdinand Berthier
Après la restauration de la tombe de Ferdinand Berthier

En Bresse, les sourds se font entendre depuis près de deux siècles. L’association Culture et langue des signes Ferdinand Berthier en est un bel exemple. Créée en 1995, elle a pour but de continuer le travail entrepris par l’homme qui l’a inspirée : défendre la culture et l’intégration des sourds dans l’a société. Dans les locaux situés à Châteaurenaud, Michel Moureau, président, explique, par l’intermédiaire, de la médiatrice-interprète Corine Fenoy, l’histoire et les objectifs de l’association.
« L’association a été lancée en 1995 et inaugurée en fête en 1996. C’était à l’initiative d’Armand Pelletier, alors président de l’association. »
L’homme, écrivain et passionné par l’histoire des sourds fait des recherches sur l’homme qui inspirera le mouvement : Ferdinand Berthier. Né en 1808, ce Louhannais membre de la Société des gens de Lettres devient doyen des professeurs sourds de Paris. Par la création de diverses sociétés comme par la plume, il défend la culture des sourds et l’utilisation de langue des signes en toutes circonstances. Décoré de la légion d’honneur par Louis-Napoléon Bonaparte, il meurt en 1886 en laissant à d’autres le devoir de poursuivre son œuvre.
Il était inévitable, que ce combat reprenne, notamment dans le fief bressan où l’homme a vécu et a été enterré.

La relève;

Armand Pelletier, fondateur de lassociation, avec son épouse montre à une délégation danoise la stèle louhannais dédiée à Ferdinand Berthier
Armand Pelletier, fondateur de l’association, avec son épouse montre à une délégation danoise la stèle louhannais dédiée à Ferdinand Berthier

Culture et langue des signes a voulu perpétuer la mémoire de ces actes. Physiquement, l’association a fait ériger une stèle de Ferdinand Berthier à Louhans et a restauré sa tombe à Sagy. Mais le plus important reste le message donné à travers diverses actions.
L’association organise plusieurs manifestations chaque année. Méchouis, lotos, – comme d’autres associations, mais avec une petite différence – et de nombreuses conférences sont programmés dans les environs de Louhans. L’objectif y est de mêler les populations et d’évoquer l’histoire, la gestion des documents administratifs, les problèmes ou la vie quotidienne des sourds.
Ce même message se diffuse aussi par la voie du « Patrimoine sourd », journal écrit par Armand Pelletier et Yves Delaporte du CNRS, et édité quatre fois par an.
L’association gère aussi des stages intensifs de langue des signes française toute l’année. « Les stages s’établissent sur deux semaines de 30 heures, explique Michel Moureau, et comptent 5 niveaux. Les stagiaires peuvent être des parents d’enfants sourds, des étudiants, des entreprises, des voisins qui veulent converser ou de simples curieux. » 425 personnes ont suivii ces cours dispensés à travers le département, une belle évolution alors que son apprentissage a été longtemps interdit dans le pays.

Du chemin à faire;
Michel Moureau, constate une amélioration dans les rapports entre sourds et entendants. « Il faut dire qu’avant il n’y avait rien du tout, aucune information, on nous regardait avec méfiance, on ne comprenait pas nos problématiques locales ou politiques, qui sont différentes. » Le combat est de tous les jours, sur tous les fronts, « aujourd’hui on a le soutient de la mairie, du conseil général, nous sommes reconnus par les services de gendarmerie, les tribunaux ». Le chemin est encore long. Michel Moureau évoque des dernères élections où les sourds n’ont été qu’une opération de communication pour certains candidats, mais n’ont jamais été évoqués dans les débats « alors que nous sommes des handicapés avec un grand H ».
L’association tente de faire bouger les comportements, les actions. « Certaines choses sont très simples, notamment à la télévision, il serait très facile de sous-titrer plus ou de mettre plus d’interprètes dans les émissions. » Du mouvement est également attendu au niveau local. « Nous aimerions créer une exposition permanente sur l’histoire des sourds, la municipalité nous l’a promis. Si ce projet aboutit, ce serait une première en France. »
Il reste donc du pain sur la planche pour Culture et langue des signes. « L’histoire a fait qu’on ne nous a pas pris en compte parce qu’on n’a pas crié notre désaccord mais on n’avait pas d’interprète pour nous entendre, conclue Michel Moureau ». Les sourds ont en tout cas trouvé en Bresse un solide porte-parole.

Source : http://www.lejsl.com © 15 Décembre 2008 à Louhans

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