Sourds-muets : une scolarité à plusieurs obstacles

0

Au Cersom à Bafoussam, on entend profiter de la célébration de la première édition de la semaine des sourds-muets pour accroître le potentiel infrastructurel et pédagogique de l’institution.

Un programme scolaire contraignant

Demain, vendredi 28 novembre 2008, la première édition de la célébration de la semaine nationale des sourds-muets du Cameroun connaîtra une ponctuation particulière dans la ville de Yaoundé. Seulement, cette démonstration festive annoncée ne saurait occulter une réalité qui préoccupe au premier plan. Il s’agit de l’encadrement scolaire et de la formation professionnelle des sourds-muets. D’autant plus que, à Bafoussam, le quotidien de ceux d’entre eux qui arpentent les institutions scolaires du pays n’est pas toujours rose.
Elève en classe de terminale au lycée classique de Bafoussam, M. Pokaha, ne connaît pas une scolarité ordinaire comme tous ses camarades. Elle est contrainte de recopier chez son voisin de banc. Et comme cette pratique ne saurait lui garantir une bonne compréhension des leçons, elle est tenue d’aller au Centre d’encadrement et de rééducation des sourds -muets (Cersom) à Bafoussam pour suivre des cours de répétition. Comme 81 autres élèves provenant des établissements scolaires de la métropole régionale de l’Ouest. “Les gens doivent comprendre que le sourd peut mieux faire. Son seul handicap est qu’il n’entend pas. Nous avons donc le devoir, en plus du programme scolaire ordinaire, de contribuer à la formation de nos pupilles grâce au langage des signes et autres cannaux de communication gestuelle. En bref, nos élèves sont soumis à une éducation spécialisée dans laquelle interviennent particulièrement les images et le toucher. Il faut constamment se déplacer pour faire voir et faire toucher aux gens l’élément retenu pour la leçon”, explique Marcelline Djonté, responsable pédagogique du Cersom.
Selon elle, les 10 instituteurs chargés de la formation de la quatre-vingtaine d’enfants qui fréquentent le Cersom sont constamment recyclés en ce qui concerne les méthodes particulières à la formation des personnes sourdes. Surtout que pour les classes d’initiation dans les écoles des sourds-muets, il y a plus de 10 matières au programme. Innocent Djonté, directeur et fondateur dudit centre, tient à ce que ses pupilles suivent les traces ou fassent mieux que les 500 élèves qui ont séjourné au Cersom depuis sa création en 1987. “ Ils sont dotés de nombreux atouts. Ils doivent se battre pour être parmi les meilleurs ”, soutient-il. Ce d’autant qu’à l’occasion de la célébration de cette première édition de la semaine nationale des sourds-muets du Cameroun, l’établissement a reçu un prêtre sourd-muet de nationalité américaine. Il s’agit de l’abbé Thomas J. Coughlim. La visite du berger au Cersom a été sollicitée par Grégoire Youbara, un ancien de l’établissement qui poursuit ses études au séminaire saint Antonio du Texas aux Etats-Unis d’Amérique sous la responsabilité des missionnaires dominicains pour l’apostolat des laïcs. Il compte naturellement ne lésiner sur aucun moyen pour faire sortir de l’ornière l’école primaire qui l’a formé.

Des appuis à la communication par les gestes

Depuis plus d’un mois, l’ambiance des cours au Cersom a changé. En plus du visage de leurs différents instituteurs, les élèves se sont habitués à ceux de deux jeunes psychomotriciennes françaises. Il s’agit de Magali Wibaux et de Marie Péroline T. Celles-ci travaillent au quotidien pour amener les instituteurs et les élèves du Cersom à comprendre “l’importance qu’il y a à réguler corporellement les signes pour connaître son corps et être en relation harmonieuse avec les autres. ” Par semaine, elles passent dans toutes les classes pour apprendre aux enseignants comment investir l’espace lors de leurs cours et aux enfants, la communication par l’expression corporelle. “ Avec les enfants, on travaille la connaissance qu’ils ont de leur corps. On fait des mouvements. On fait des jeux. On travaille autour du toucher. Au niveau du regard, on travaille la mime pour leur permettre d’enrichir leurs moyens de communication”, explique Magali Wibaux.
Selon l’experte, les pupilles qui présentent des handicaps graves subissent une rééducation particulière. En trois semaines de travail, quelques résultats sont déjà palpables. “Nous avons pu mettre une dynamique et une cohésion au sein du groupe dans certaines classes. Certains enfants assimilent progressivement le langage des signes. Les enseignants ont compris que tout le corps est l’instrument privilégié pour la communication des enfants sourds-muets”, pense Marie Péroline T. Les deux expertes françaises reconnaissent avoir adapté leur méthode de travail auxalités culturelles et au contexte local.

Un déficit infrastructurel et logistique

Depuis le début de l’année scolaire 2008-2009, le Cersom s’est enrichi d’un nouveau bâtiment (R+1) d’une dizaine de salles de classes et de plusieurs bureaux. L’immeuble en question a poussé du sol grâce au soutien du peuple américain via son Ambassade au Cameroun. Après la découverte du joyau architectural, l’abbé Thomas J. Coughlim a exulté. Mais après avoir effectué un tour dans les dortoirs du Cersom, il s’est indigné. L’étroitesse des lieux, la qualité délabrée de la literie et les conditions dans lesquelles est cuisinée la nourriture des pensionnaires ne sont pas satisfaisantes. Tout comme traitement des enseignants et autres employés du Cersom sont pour lui des clichés de misère qu’il faut bannir. “Le gouvernement camerounais devrait s’investir pour l’encadrement des sourds-muets au Cersom. Il doit prendre ses responsabilités. La tâche est immense. Innocent Djonté ne saurait se battre uniquement avec les moyens d’y bord. Au niveau des Etats-Unis, je vais m’adresser à des amis et connaissances. Nous allons apporter notre contribution à l’amélioration des conditions d’étude des enfants qui fréquentent le Cersom ”, promet le prêtre.
Le Cersom se trouve d’autant en difficulté que la majorité de ses pensionnaires sont incapables de payer les frais de scolarité. A en croire les responsables de la structure, moins de 10% d’élèves versent plus de 10.000 Fcfa de frais de scolarité. Alors que la formation des élèves externe doit être payée à 60.000 Fcfa et celle des internes à 180.000 Fcfa. Cependant, attachés au respect du droit à l’éducation des sourds-muets, Innocent Djonté et son équipe n’entendent pas se décourager. Pour lui, il est question que cette institution qui a débuté ses activités en 1987 avec juste 5 élèves, poursuive sa croissance. Pour le bien de l’ensemble des populations de la région de l’Ouest.

Source : http://www.lemessager.net © 27 Novembre 2008 à Cameroun

Écrire un commentaire

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.