Quand les mains parlent

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Paulette Ouzeau vient de créer l’association Saintes Langue des signes. Une aide pour les sourds et muets. Mais ce langage peut avoir d’autres atouts

Langage des signes. Paulette Ouzeau (à gauche) est habituée, depuis son enfance, à communiquer avec les sourds-muets
Langage des signes. Paulette Ouzeau (à gauche) est habituée, depuis son enfance, à communiquer avec les sourds-muets

Lorsqu’elle évoque le handicap de la surdité, Paulette Ouzeau sait parfaitement de quoi elle parle : « Mes parents étaient sourds et muets. J’ai appris à parler avec les enfants des voisins. »

Enfant parfaitement entendante, elle a ensuite servi d’interprète, tant pour son père et sa mère que pour les amis de ceux-ci, qui se trouvaient face aux mêmes difficultés. « Dans tous les aspects de la vie courante », poursuit-elle. Depuis, elle n’a guère arrêté : « On arrive à obtenir beaucoup de choses avec la langue des signes. »

Une aide précieuse.

En 1993, par exemple, Paulette fut appelée à Poitiers, pour aider trois employées d’une banque (un homme et deux femmes) à passer – et obtenir – le diplôme CAP, interne à l’établissement.

À Angoulême, c’est l’assurance-maladie qui a fait appel à ses services, « pour servir d’interprète auprès d’agents sourds lors d’un stage, après la mise en service d’un nouveau matériel informatique », explique Paulette Ouzeau. Pour qui l’envie d’aider les autres est, sans doute, une seconde nature. Elle qui officia longtemps au centre de secours de Saintes (1).

En 1998, elle est aussi intervenue lors des animations vacances, pour faciliter l’intégration d’une fillette sourde et muette auprès des autres enfants. Armée d’un diplôme en langage des signes, obtenu en 1999après une formation de treize mois à Limoges – Paulette a également assuré une initiation à la langue des sourds auprès d’enfants de l’école Jules-Ferry.

Ceux qui fréquentent les réunions du Conseil municipal la connaissent également. À chaque séance, elle assure l’interprétation des débats pour un groupe de sourds-muets.

Rien d’étonnant, dès lors, à ce que Paulette Ouzeau ait décidé de créer une association, Saintes Langue des signes, avec un but précis : initier et sensibiliser à ce langage tous les publics, les professionnels (personnel hospitalier, écoles…) ou les particuliers (malentendants, familles, proches) en lien avec ce handicap.

« Je suis agent des services hospitaliers dans une maison de retraite. Et j’ai vu les difficultés qu’avaient les personnes âgées, qui deviennent malentendantes avec l’âge, à communiquer avec leur entourage. Cela amène à un repli sur soi et un isolement. Nous avons eu le cas d’une dame, à la maison de retraite, qui ne sortait quasiment plus de sa chambre, et refusait de prendre ses repas dans la salle à manger. Quand on n’entend plus et que l’on voit les autres rire, on imagine toujours que c’est pour se moquer de soi, observe Paulette Ouzeau. Cela m’a vraiment donné l’idée de créer l’association. »

Auprès des malades Alzheimer.

Le phénomène est amplifié si les personnes sont touchées par la maladie d’Alzheimer. Mais, là encore, le langage des signes peut apporter quelques solutions. « En travaillant avec des personnes atteintes de la maladie et, en faisant des recherches, je me suis aperçu que si le langage était endommagé, la langue des signes pouvait demeurer plus longtemps », note Paulette Ouzeau.

Elle-même a testé la méthode au sein de sa maison de retraite. « Ça marche, même si ce sont des notions de base comme bonjour, au revoir, exprimer la faim ou la douleur. »

Paulette Ouzeau a profité de la (récente) remise du Grand Prix de l’Académie de Saintonge, pour s’en entretenir avec le professeur Bruno Dubois, professeur de neurologie, à l’hôpital de la Salpêtrière et président du comité scientifique de l’association France-Alzheimer. « Il m’a confirmé le fait, tout en sachant que l’apprentissage devait être effectué au début de la maladie. »

Paulette Ouzeau lui a, également, fait part de son projet. « Il a été intéressé et m’a demandé de l’envoyer à France-Alzheimer afin qu’il soit étudié. » Elle se réjouit d’avance. En attendant, elle est disposée à dispenser son savoir partout où l’on voudra bien la recevoir (2).

(1) Paulette Ouzeau a été pompier volontaire (sergent) entre 1982 et 1990. (2) Contact : tél. 06 18 60 48 25.

Source : http://www.sudouest.com © 25 Octobre à Bordeaux (France)

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