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Interprète des sourds

On pense parfois que la langue des signes est universelle et que tous les sourds du monde peuvent la comprendre. «Erreur!» dit Suzanne Villeneuve, chargée de cours au Département de linguistique et de didactique des langues et interprète de la langue des signes québécoise (LSQ). «Plus de 120 langues signées ont été répertoriées dans le monde. Pour que tous les sourds parlent la même langue, il faudrait qu’ils vivent tous ensemble!»

Comme les autres langues, les langues signées évoluent naturellement à travers l’usage qu’on en fait, explique la linguiste. Ainsi, la LSQ est issue historiquement de la rencontre entre la langue signée française (LSF) et la langue signée américaine (ASL). «Comme beaucoup d’aspects grammaticaux de la langue des signes sont représentés sur le visage, par exemple par l’expression des sourcils, les sourds de différentes régions du monde arrivent un peu plus rapidement à se comprendre que les personnes qui parlent des langues orales», précise la linguiste.

Suzanne Villeneuve, qui a décidé d’apprendre la LSQ par intérêt personnel, il y a 20 ans, a été véritablement happée par le monde des sourds, dont elle est devenue une interprète de premier plan. Titulaire d’un baccalauréat en sciences du langage et d’une maîtrise en linguistique, elle entame un doctorat sur les effets de la fatigue sur l’interprétation, tout en enseignant depuis plusieurs années au certificat en interprétation visuelle. Elle est aussi l’auteure de nombreux documents de référence sur l’interprétation, notamment dans le milieu juridique. L’an dernier, elle a été la première interprète français/LSQ à être admise à l’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ).

«L’Ordre a été très avant-gardiste, mais il a d’abord fait ses devoirs, dit la linguiste. Avant de m’accepter, on s’est assuré que la LSQ était bien une langue naturelle, et non un code inventé de toutes pièces, comme l’espéranto.» Certains croient, à tort, que la langue des signes n’est pas aussi riche que le français ou les autres langues parlées. Or, «la LSQ permet de tout dire», assure Suzanne Villeneuve, qui a d’ailleurs épaté les membres de l’OTTIAQ avec une vidéo où elle interprétait une conférence scientifique en neuropsychologie.

L’UQAM est le seul endroit au Québec où l’on forme des interprètes en langue des signes. Offert aux personnes qui ont déjà une bonne connaissance du français et de la LSQ, le programme comprend des cours sur l’éthique, sur les modèles d’interprétation, sur les processus cognitifs en jeu et la pratique professionnelle, de même que sur la grammaire de la LSQ. Des ateliers pratiques sont offerts, ainsi qu’un stage. «La demande pour les interprètes est forte et, souvent, les étudiants commencent à travailler avant d’avoir terminé le programme», dit la chargée de cours.

Les diplômés se voient offrir du travail dans le milieu scolaire, de la maternelle à l’université, mais aussi dans le milieu sociocommunautaire : pour communiquer avec le médecin, le dentiste, le juge ou la travailleuse sociale. Les services des interprètes sont également requis pour des rencontres de travail et même pour les loisirs. «J’ai déjà interprété un cours de plongée sous-marine», dit Suzanne Villeneuve avec un sourire.

Pourquoi parler des sourds et non des malentendants? «Les personnes qui utilisent la LSQ se disent sourdes, alors que celles qui utilisent la parole malgré une perte auditive se disent malentendantes ou oralistes, répond l’interprète. C’est une question d’identité. » Les personnes sourdes se considèrent en effet comme une minorité qui partage une langue commune. «Souvent, à l’adolescence, une personne sourde qui a été élevée dans le système oraliste va commencer à s’identifier à la communauté sourde, à utiliser la langue signée et à se dire sourde, poursuit Suzanne Villeneuve. Les sourds trouvent beaucoup plus facile de communiquer en langue des signes

Source : http://www.journal.uqam.ca © 14 Octobre 2008 à Canada

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Un commentaire

  1. Je suis sourd appareillé et de ce fait j’interprête pour les sourds dans plusieurs domaines notament à la Télévion.
    Par la presente je voudrais demander à correspondre avec vous pour de rlations d’échanges. Je suis Burkinabè residant çà Ouagadougou.
    J’ai pour profession principale pasteur aumônier de l ‘hopital.
    Abientôt!

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