La main des sourds

Des classes en langue des signes

Des enfants sourds et bien-entendants suivent des cours ensemble grâce à la présence de deux enseignants, dont l’un qui traduit en langue des signes… Et tout le monde s’enrichit.

C’est une expérience quasi unique en France. A Massy, depuis la rentrée scolaire, trois classes deux à la maternelle des Coquelicots, une en élémentaire à Roux-Tenon accueillent dix enfants pratiquant la langue des signes.

Contrairement à ce qui se pratique ailleurs, les enfants sourds sont en immersion totale dans des classes ordinaires et apprennent au même rythme que les autres.
Aux côtés de la maîtresse, un autre enseignant, sourd, explique en langue des signes la leçon.

Depuis plusieurs années, des expériences similaires sont menées à Toulouse et à Poitiers, précurseurs en la matière. Mais c’est la première fois en Ile-de-France qu’un tel projet a pu être mis en oeuvre une victoire pour l’association les Yeux pour entendre.

« Les dispositifs existants ne nous paraissaient pas adaptés, juge Laure Berton, vice-présidente de l’association. Les enfants sont scolarisés dans des classes spécifiques, isolés des autres élèves, avec des professeurs ne parlant pas forcément la langue des signes. Ils suivent les cours au prix d’énormes efforts et accumulent du retard. Souvent, on essaie aussi de les faire parler français tant bien que mal, on veut les “rééduquer”, alors que ce n’est pas leur langue maternelle. »

Une philosophie éloignée de celle de l’association, qui souhaite « donner aux enfants sourds les mêmes chances qu’aux enfants qui entendent ».

« On s’en faisait tout un monde et c’est finalement très simple »

Pour les autres élèves, c’est aussi l’occasion d’apprendre la langue des signes puisqu’un cours spécifique est dispensé deux fois par semaine. Quant aux enfants entendants dont les parents sont sourds, c’est aussi pour eux une manière de progresser dans ce qui reste leur langue maternelle. Enfin, l’initiative est aussi une démarche militante. « Les élèves comprendront désormais les sourds et leur culture, se félicite Sandrine Herman, la présidente de l’association. Actuellement, les sourds sont exclus car ils sont vus comme des handicapés. Si l’on apprend aux enfants que la surdité n’est pas un obstacle et pas un handicap, on fera tomber les barrières. »

En classe, à peine une semaine après la rentrée, la présence d’un enseignant sourd semble déjà très naturelle aux enfants. Dans le CP-CM 1 créé spécialement à l’école Roux-Tenon et allégé à 18 élèves , les élèves ont déjà appris tout le vocabulaire usuel : « comment ça va ? » « cartable », « ciseau »… et communiquent avec Sid-Ahmed Nouar, le co-enseignant sourd, sans aucun problème. Pris par l’habitude, certains répondent parfois à leur maîtresse en langue des signes ! Mais Sid-Ahmed Nouar n’est pas du tout étonné. « Les enfants apprennent beaucoup plus vite que les adultes. Revenez dans six mois, ils comprendront des phrases entières. Peut-être qu’ils tricheront même en langue des signes ! »

« On s’en faisait tout un monde et c’est finalement très simple ! » se réjouit, enthousiaste, Joëlle Ayach, enseignante de la classe en question et directrice de l’école.

D’ici à la fin de l’année, l’expérience sera évaluée et se posera alors l’épineuse question de sa pérennité. Si les co-enseigants sourds sont actuellement rémunérés grâce à des subventions de la ville de Massy et du conseil général, l’association aimerait que l’Education nationale prenne le relais. Ce qui, à l’heure des suppressions de postes, n’est pas forcément dans l’air du temps…

Les Yeux pour entendre donnent des cours de langue des signes. L’association sera présente demain à la fête des associations. Renseignements : contact/yeuxpe.fr

Source : http://www.leparisien.fr © 12 Septembre à Paris (France)

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