A la une

Justice : les sourds veulent se faire entendre

Discrimination. En désaccord avec les tarifs pratiqués, les interprètes en langue des signes n’assurent plus de traduction au tribunal depuis plus d’un an et demi. Résultat : sourds et malentendants trinquent.

Les sourds et malentendants sont victimes d’une justice à deux vitesses. Depuis plus d’un an et demi, les interprètes en langues des signes refusent d’interpréter. Motif ? Ils contestent le tarif qui leur est accordé par la Chancellerie : 16, 58 € HT, un prix très en deçà de ce qu’Interpretis, le service d’interprètes en langue des signes avait obtenu. Toulouse faisait en effet figure de précurseur. « En 1996, la cour d’appel de Toulouse avait fixé le tarif à un taux acceptable », explique Caroline Mourgues, interprète. C’est-à-dire jusqu’à 46,80 € HT, la justice tenant compte notamment de la disponibilité 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Par deux fois, dans les années qui suivirent, au prétexte d’une restriction budgétaire imposée par la loi de finances, la Chancellerie remettra en cause cette « exception toulousaine qui n’a pas lieu d’être », pourtant légitimée par la cour d’appel. Pas question notamment de considérer Interprétis comme personne morale.

Des Citoyens de seconde zone
Résultat : les sourds paient les pots cassés et n’ont plus droit à l’équité de traitement judiciaire. « Il y a toujours un doute sur la neutralité des propos. Les sourds n’ont aucune possibilité de s’exprimer, de comprendre les débats, de se défendre. Pourtant, rappelle Yvette Burtin, responsable du Service d’accompagnement à la vie sociale, les textes disent que c’est à la justice de prendre en charge les frais de justice ». Elle-même sourde et muette, dénonce ces obstacles permanents à la vie quotidienne. Du commissariat au palais de justice, les sourds sont lésés : « On subit, alors qu’on doit déjà se battre pour tout. Bien sûr, la loi dit qu’il faut promouvoir l’insertion. Mais la situation actuelle prouve que les sourds ne sont pas considérés comme des citoyens à part entière. »

Philippe Brockhoff est bien placé pour le savoir. Convoqué au tribunal fin juillet, il a apprend quelques semaines auparavant laque les interprètes sont en grève. « Le médecin du travail m’a trouvé quelqu’un qui « pourrait faire office » d’interprète. Je ne veux pas d’une sous-traduction. Je veux être entendu. Je ne veux pas qu’il y ait de malentendu. Ma langue maternelle, c’est la langue des signes. Je dois bénéficier d’une traduction parfaite. Sinon je ne suis pas d’égal à égal. Avec un véritable interprète, j’ai confiance ; il est l’oreille et la voix du sourd. »

Conscient du problème, le parquet dit chercher une solution. Parole ?

——————————————————————————–

Le parquet « prisonnier des textes »
Le procureur de la République adjoint chargé du dossier, Richard Bometon reconnaît que cette affaire n’a que trop duré. Il convient également que la société ne saurait tolérer qu’une telle inéquité de traitement perdure. Seulement voilà : « Le parquet essaie de rechercher et de trouver des solutions immédiates mais nous sommes prisonniers des textes, regrette-t-il. Nous sommes dans un contentieux qui n’aurait jamais dû se créer, compte tenu de ce que demandent les interprètes – qui porte sur quelques dizaines d’euros – et de l’utilité de leur service ». Mais, à moins de faire du hors piste législatif pour trouver un arrangement, ou de requérir un interprète sous peine d’amende – solution extrême à laquelle le parquet refuse d’arriver – difficile de trouver une issue favorable. En attendant, Richard Bometon assure qu’il fera le point avec les interprètes d’ici à la fin du mois.

Source : http://www.ladepeche.fr © 11 Septembre 2008 à Haute-Garonne

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Bouton retour en haut de la page
ajax-loader
Fermer

Adblock détecté

Cher lecteur, Vous voyez cette page car votre bloqueur de publicité est activé. Veuillez le désactivez puis cliquer sur "Accéder à Sourds.net" Pour vous remercier.