La main des sourds

Plongée dans le monde du silence

Chaque mois, entendants et malentendants se retrouvent autour d’un verre au café « Bul et dessin ». Le but : que ces deux mondes puissent enfin communiquer. Leur langue : une chorégraphie de signes qui s’exécutent dans les airs. La France compte aujourd’hui près de quatre millions de personnes malentendantes, soit 7 % de la population. 425.000 d’entre elles sont considérées comme sourdes sévères. Beaucoup, rejetées lors de leur scolarité, connaissent des problèmes d’illettrisme et d’importantes difficultés professionnelles. D’où un isolement très difficile à vivre, contre lequel beaucoup d’entendants ont décidé de se battre.
De plus en plus d’élèves
Et ils sont de plus en plus nombreux, à en croire Michel Demolder, de l’Union régionale des associations des parents d’enfants déficients auditifs (Urapeda). « Chaque année, près de 300 personnes apprennent la langue des signes française (LSF) en Bretagne, confie-t-il. Si l’on compte les cours dispensés à l’université, on arrive à 600 ou 700 élèves par an. Certains s’inscrivent parce qu’ils sont attirés par la beauté de la langue, son côté théâtral ; d’autres viennent dans le cadre d’un projet professionnel précis. »
L’histoire d’une rencontre
Symbole de cet engouement pour la LSF, l’apparition de cafés-signes, un peu partout en France. À Saint-Brieuc, entendants et malentendants se retrouvent régulièrement au café « Bul et Dessin » (*), dans le quartier Saint-Michel. Ce café-signes, c’est d’abord l’histoire d’une rencontre, il y a presque un an, entre le patron, Bruno Lambert, qui souhaitait depuis longtemps se former à la LSF, et Zhora Nedjimi, formatrice en langue des signes, qui cherchait un endroit où établir un café-signes. Depuis, ces deux-là ne se quittent plus. Ils se sont même fixé un rendez-vous mensuel. Le deuxième vendredi de chaque mois, ils se retrouvent, en effet, dans une ambiance chaleureuse, autour de ceux qui, au fil du temps, sont parfois devenus des amis. Au milieu des habitués de l’établissement, entendants et malentendants échangent, autour d’un verre, sur les tracas de la vie quotidienne, les joies et les peines de tout un chacun.
« Les sourds ne sont pas des handicapés »
Parmi ces gens de tous âges et de tous horizons, on repère vite les petits nouveaux, encore hésitants, qui allient la voix aux signes pour se faire comprendre. D’autres, plus à l’aise, entament des discussions à bâtons rompus. Les mains bougent à toute vitesse, dessinent dans l’air. Cette langue a quelque chose de magique. Comme à son habitude, Zohra Nedjimi passe d’un groupe à l’autre. Invariablement, elle délivre le même message, afin de lutter contre cette idée reçue qui la mine : « Les sourds ne sont pas des handicapés. Ils manquent simplement d’informations sur beaucoup de choses parce qu’il n’y a pas assez d’interprètes. » Un manque qui pourrait un jour se combler. Le succès de ces rencontres en est le signe. * Café « Bul et dessin », 28, rue du Maréchal-Foch, tél. 02.96.61.02.20.

Source : http://www.letelegramme.com © 29/04/2008 à Saint-Brieuc (France)

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