Avis de tempête sur la langue des signes

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Les enfants du silence ne sont plus ce qu’ils étaient. Introduite à la fin des années 1999 en Suisse romande, la pose d’implants cochléaires est aujourd’hui pratiquée quasi systématiquement sur les enfants sourds profonds, le plus souvent avant l’âge de 3 ans. Cette technologie, que plus personne ne songe à contester, leur permet, au prix d’un entraînement intensif, de percevoir les fréquences du langage.

Les enfants du silence ne sont plus ce qu’ils étaient. Introduite à la fin des années 1999 en Suisse romande, la pose d’implants cochléaires est aujourd’hui pratiquée quasi systématiquement sur les enfants sourds profonds, le plus souvent avant l’âge de 3 ans. Cette technologie, que plus personne ne songe à contester, leur permet, au prix d’un entraînement intensif, de percevoir les fréquences du langage.

Quel outil de communication utiliser avec ces petits «métis» qui ont un pied dans le monde des sourds et l’autre dans celui des entendants? Faut-il renoncer à la langue des signes pour ne pas entraver leur conquête de l’oral? Dans le canton de Vaud, c’est la recommandation qui est faite aux parents par le Dr Jacques Cherpillod, médecin-chef du service ORL du CHUV et de l’Hôpital de l’enfance.

Dans une prise de position volontairement très carrée publiée en juin 2006 dans le journal de la Fédération suisse des Sourds (FSS), le Dr Cherpillod, qui est aussi audiologiste au Centre romand d’Implants cochléaires et médecin-conseil de l’Ecole cantonale pour enfants sourds, affirmait avoir demandé aux intervenants du jardin d’enfants de l’institution de ne plus utiliser la langue des signes avec les jeunes porteurs d’implants.

Bain de langage

La communauté des sourds et certains parents ont réagi très vivement à ce retour de l’oralisme pur et dur, considéré comme une atteinte au droit de l’enfant sourd, ainsi qu’à l’identité et à la culture sourde. La base de l’éducation des enfants sourds, même implantés, doit impérativement rester le bilinguisme (langue des signes et français), insiste Stéphane Faustinelli, président de la FSS: «Quoi qu’on en dise, l’enfant implanté reste un enfant sourd et doit être reconnu et valorisé comme tel. Il faut lui donner une chance de s’intégrer dans la communauté sourde afin qu’il ne se sente pas isolé dans un monde d’entendants. Pour s’imaginer un avenir, il doit pouvoir s’identifier à des adultes sourds

Le Dr Cherpillod a pris acte de ces critiques. «Le sujet reste affreusement sensible et je regrette la difficulté à accepter un changement inéluctable. Mais je ne reviens pas en arrière.» Pourquoi une telle détermination à vouloir tout miser sur l’oral? «Ce ne sont pas des interdictions sèches et métalliques. J’adapte les demandes à chaque enfant et accepte le recours au français signé ou au LPC ( voir ci-contre), ainsi que l’apprentissage de la langue des signes ultérieurement. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que le but de l’implant est de permettre à l’enfant sourd d’entrer dans le monde des entendants. Or, des études scientifiques ont montré que l’utilisation de la langue des signes avait un effet négatif sur sa capacité à comprendre les mots et à les articuler

«La langue des signes nous a sauvés de la folie», témoigne, entre autres, Sidonie Perrin, mère d’une petite fille sourde implantée. Dans son expérience, loin de freiner l’acquisition du langage oral, la langue des signes est un tremplin indispensable.

Du signe au mot

Le psycholinguiste François Grosjean, professeur honoraire de l’Université de Neuchâtel, confirme: «Les études de Philip Prinz, notamment, ont montré une forte corrélation entre le niveau atteint en langue des signes et en langue orale. Une langue des signes bien établie est un socle sur lequel le langage oral va pouvoir se construire.» Il met en garde: «L’implant cochléaire n’est pas infaillible, il y a des échecs. Quels que soient les efforts prodigués et les moyens technologiques utilisés, rien ne garantit que l’enfant sourd atteigne un niveau satisfaisant en langue orale. Par le biais du bilinguisme, permettons-lui de communiquer au mieux. Sans quoi il risque un isolement et éventuellement un retard linguistique, affectif et social.»

» L’implant cochléaire, c’est quoi?

L’implant cochléaire est réservé aux sourds profonds pour lesquels un appareillage auditif conventionnel n’est d’aucune aide. Des électrodes sont implantées chirurgicalement dans la cochlée et se substituent à l’oreille interne en envoyant des signaux électriques au cerveau. Les sons arrivent jusqu’à l’implant via un récepteur externe aimanté au-dessus de l’oreille. «L’analyse du son est moins raffinée que chez un entendant, explique le Dr Jacques Cherpillod, spécialisé en audiologie. Mais une personne implantée va pouvoir comprendre ce qu’on lui dit, apprendre à parler et devenir autonome du point de vue de la communication.» JO. F.

» Les outils de communication gestuels

LA LANGUE DES SIGNES (LS) C’est une langue à part entière adoptée par une communauté de sourds qui utilisent les mains, le regard et la mimique. Une langue complexe, avec sa syntaxe et sa grammaire propres, qui diffère d’un pays à l’autre.

FRANÇAIS SIGNÉ Ce système de communication utilise les signes de la langue des signes, mais avec la syntaxe et la grammaire de la langue française.

LANGAGE PARLÉ COMPLÉTÉ (LPC) Ce système est une aide à la lecture labiale. Le LPC utilise des gestes de la main et des doigts placés sur le cou, la bouche ou le menton afin de permettre au malentendant d’identifier le point d’articulation des différents sons de la langue orale.

Source : http://www.24heures.ch © 22 Janvier 2008 à Suisse

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