Portraits Manon et Lucas : chemins d’intégration pour deux enfants sourds

Dans la famille Barbagelata, Manon, 15 ans, et son petit frère Lucas, 13 ans, sont tous les deux sourds.
L’aînée privilégie l’oralisme pour communiquer avec les autres, le second est plus à l’aise dans la langue des signes.

Manon et Lucas, en compagnie de Marie, une amie qui fait presque partie de la famille…

« Toute petite déjà, Manon babillait et lisait beaucoup sur nos lèvres. Ce n’était pas le cas de Lucas », explique Françoise Barbagelata, leur maman. La famille habite à Rouffach. Aujourd’hui, l’aînée s’exprime essentiellement par la parole, tout en ayant besoin de l’aide du langage parlé complété (LPC) dans la conversation. En revanche, son petit frère Lucas utilise beaucoup la langue des signes.

« À la halte-garderie, Manon était très à l’aise avec les autres »

C’est lorsque Manon a atteint l’âge d’un an que ses parents ont commencé à avoir des doutes sur ses facultés auditives. Ils ont consulté un ORL qui les a immédiatement orientés vers l’IDS (Institut pour déficients sensoriels) Le Phare, à Illzach. « Nous avons tout de suite fait le choix de l’intégration. À la halte-garderie, Manon était très à l’aise avec les autres. »
La fillette est allée à l’école maternelle de son quartier et, par la suite, à l’école élémentaire. Grâce aux séances chez l’orthophoniste, elle a appris à identifier les sons et à les exprimer. Son implant coquelaire lui permet également d’entendre.
Le parcours de Lucas est un peu différent. « Il ne regardait pas notre visage aussi intensément que sa sœ ur quand il était petit. » Lucas a aussi fréquenté l’école maternelle de son quartier, tout en ayant plus de mal à faire progresser son expression. « Il allait au Phare un jour par semaine, raconte sa maman . Là, il était avec d’autres enfants sourds. Un professeur de langue des signes française leur racontait des histoires. Grâce à cela, il rentrait plus dans le sens des mots, il a pu enrichir son vocabulaire. »
Au moment du passage au CP, les parents ont choisi l’intégration collective. Lucas a été scolarisé à l’école George Sac, toute proche du Phare à Illzach, dans une classe accueillant d’autres enfants sourds.
Manon et Lucas sont actuellement en 4 e et 5 e au collège Pfeffel, à Colmar. « Après l’école primaire à Rouffach, Manon aurait pu intégrer le collège ici pour rester avec ses copines. Elle a fait l’essai. Elle a aussi testé une classe d’intégration collective à Pfeffel et c’est elle qui a opté pour cette solution. » Son petit frère a suivi la même voie.
« C’est mieux d’être avec d’autres sourds, explique Manon. On fait la bande, à la cantine aussi ! On est quatre, toujours ensemble… » Avec les autres élèves, ça se passe plutôt bien. « Sauf les garçons… »
Plus tard, Manon aimerait être esthéticienne, Lucas souhaite devenir soigneur d’animaux.

« J’aime ma vie »

S’ils aiment aller au collège parce qu’apprendre, ça compte, ils se passeraient bien de quelques matières. « Les SVT, c’est difficile, à cause du vocabulaire spécial », explique Manon . Quant à l’anglais, les deux sont unanimes : ils détestent ! « C’est trop dur, on a toujours des mauvaises notes… »
Tous les deux aiment beaucoup le cinéma et les bandes dessinées. Les romans pour adolescents aussi. « Mais pas des livres trop difficiles… » Harry Potter, par exemple, les rebute.
Lorsqu’on demande à Manon et à Lucas ce qu’ils aimeraient voir changer dans la société, à part la suppression de l’anglais et davantage de films sous-titrés au cinéma, ils ne voient pas grand-chose. « J’aime ma vie », confie Manon. Lucas, lui, aimerait « avoir un peu plus de copains ».

Source : http://www.lalsace.fr © 31 Octobre 2007 à Rouffach

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