La langue des signes pour se faire entendre

Coupés d’un sens mais pas du monde. Soucieux de faciliter leur quotidien, les sourds militent pour une meilleure reconnaissance de la langue des signes. Le président d’une association nancéienne s’explique.

Nancy s’est fait le théâtre, le 29 septembre, d’une marche silencieuse, hautement symbolique, menée par un cortège de sourds et malentendants venus de toute la région. L’initiative était nationale et de nombreux décrochages similaires se sont organisés sur le territoire, en parallèle d’une grande manifestation à Paris. « Cette marche voulait montrer que les sourds existent même si leur handicap ne se voit pas ou peu », explique Christophe Laroche, président de l’association Cri & Rex installée dans l’agglomération nancéienne. « Nous souhaitons une meilleure reconnaissance de la langue des signes. Cette manifestation, c’était aussi un hommage à ceux qui se sont battus pour éviter qu’elle ne disparaisse. »La langue des signes a connu une évolution considérable depuis le 11 février 2005, date d’adoption de la loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. « Mais il reste beaucoup de travail à faire, remarque Christophe Laroche. Nous souhaitons une accessibilité égale pour tous, comme le droit à l’information. Le sous-titrage à la télévision progresse mais pas assez vite. De même, vous n’imaginez pas les difficultés que rencontrent les sourds pour remplir les papiers administratifs. La communication est souvent difficile. Pour certains sourds profonds, la langue des signes française est comme une langue étrangère. » Par bonheur, certains progrès ont grandement amélioré le quotidien des sourds. Au même titre qu’Internet, le SMS est une petite révolution sur le terrain de la communication. De nombreuses failles subsistent pourtant. « La nuit, s’il y a le feu dans un immeuble et que l’alarme sonne, tout le monde se réveille, sauf les sourds. On oublie souvent ce genre de choses », argumente le président. Ce dernier regrette également l’attitude de certains médecins, leur recours trop systématique aux implants auditifs. « Les parents d’enfants sourds sont face à plusieurs possibilités, poursuit-il. Il ne faut pas obliger l’enfant à parler. Il peut apprendre le code LPC (langage parlé complété) ou la langue des signes. Elle est très esthétique vous savez, cette gestuelle est belle à voir, très aérienne. »
Comme l’IVT (International visual théâtre) d’Emmanuelle Laborie à Paris ou le CSNL, centre des sourds de Jean-Claude Houvain à la Malgrange, l’association Cri & Rex a justement vocation à promouvoir la langue des signes. Pour l’heure, elle compte 27 adhérents et espère atteindre la cinquantaine. Elle recherche surtout des personnes entendantes pour tisser le lien. Pour l’anecdote, l’association a choisi son nom en référence au criquet et au tyrannosaurus rex. Car le premier peut être alternativement sourd et entendant. Le second effectuait des gestes proches du langage des signes, se déplaçait bruyamment (certains sourds frappent du pied pour s’interpeller) et vivait à la Préhistoire, période où la communication était essentiellement gestuelle. Tout un symbole.

Source : http://www.republicain-lorrain.fr © – 10/10/2007 à Nancy (France)

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