UCO : des étudiants apprennent la langue des signes

En silence, Laëtitia Simon fait parler d’elle à l’Université catholique de l’Ouest (UCO) d’Arradon où la jeune femme sourde a été étudiante avant de revenir y enseigner la langue des signes. Un défi remporté par la Brestoise qui, à force de persévérance, est devenue enseignante, alors qu’on lui avait tracé un avenir dans la comptabilité.

Les étudiants en Sciences de l’éducation de l’Université catholique de l’Ouest Bretagne-Sud suivent tous un cours de langue des signes, donné par Laëtitia Simon, ancienne étudiante sourde de l’UCO
Les étudiants en Sciences de l’éducation de l’Université catholique de l’Ouest Bretagne-Sud suivent tous un cours de langue des signes, donné par Laëtitia Simon, ancienne étudiante sourde de l’UCO

« Cela fait quatre ans que Laëtitia vient donner des cours de langue des signes à 48 étudiants en licence de Sciences de l’éducation qui ont choisi deux langues parmi la langue des signes, l’anglais, l’anglais renforcé ou l’espagnol », indique Sylvie Murzeau, directrice de l’UCO Bretagne-sud. Laëtitia connaît bien les lieux pour y avoir décroché un Deug en communication. « C’est vraiment ce que je voulais faire », se félicite Laëtitia Simon, indiquant qu’après l’école des sourds d’Auray, elle a obtenu un CAP, puis un BEP et enfin un bac Professionnel en comptabilité. « Mais je n’ai pas eu le choix, c’est la seule voie que l’on me proposait pour suivre des études », explique la jeune femme. Finalement, grâce à une interprète en langue des signes que lui finançait, à l’époque, l’AGEFIPH (*), elle a pu choisir la suite de ses études. « À l’époque, nous avions accueilli deux étudiantes sourdes. Depuis, ce n’est plus possible car l’AGEFIPH ne finance plus les études », regrette Sylvie Murzeau. « L’idée du cours de langue des signes est née à ce moment-là. Lorsque nous avons vu que nos étudiantes sourdes avaient besoin d’interprètes, nous avons pensé qu’il serait très intéressant pour nos étudiants en sciences de l’éducation d’être capables de communiquer un minimum avec des personnes sourdes », explique la directrice.
Les signes, le regard et la bouche
En cercle dans la salle de cours, les jeunes filles répètent le vocabulaire que Laëtitia Simon a inscrit au tableau. Mais il n’est pas question que de signes car, comme le fait comprendre l’enseignante, il faut aussi être attentif à la position de la bouche et à l’expression du regard qui donne l’intonation. La langue des signes a son vocabulaire, son intonation et également une syntaxe. « Bonjour », « au revoir » et « merci », « papa », « maman » : la formatrice écrit qu’il s’agit d’un vocabulaire de base pour des étudiants qui n’en sont qu’à leur quatrième cours. « Cheval » : « Tu pars de tes oreilles et tu les prolonges », explique une jeune fille à sa voisine. En binôme, les élèves se font des signes. L’enseignante dessine quelques sentiments ; joie, tristesse, une idée lumineuse. L’expression du visage complète le sens des mots.
Reconnue depuis quelques années
La langue des signes n’est reconnue en France que depuis quelques années. La lecture sur les lèvres et l’apprentissage de la parole restent cependant omniprésents dans les classes pour enfants sourds. « Ce sont souvent les parents d’enfants sourds qui veulent que l’enseignement passe par la lecture des mots sur les lèvres. Mais, entre eux, les sourds apprennent toujours la langue des signes qui leur permet vraiment de s’exprimer et de communiquer », explique Laëtitia. (*) Gère les fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées.

Source : http://www.letelegramme.com © – 03/10/2007 à Vannes (France)

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