La main des sourds

Les élèves sourds dans l’école du silence

Suite à une décision administrative, des enfants sourds ou malentendants sont privés de bourse et de cantine scolaire, et surtout d’interprète pour suivre les cours. Ils ont accumulé un retard considérable.

VINGT-DEUX familles sont mises devant le fait accompli. Brigitte Prévost, maman de Jennifer, lycéenne de 17 ans, déficiente auditive depuis sa naissance, s’est trouvée désarmée lorsqu’elle a appris que sa fille ne dépendait plus du Centre de ressource (association départementale qui prend en charge les sourds depuis la petite enfance) mais du Service de soutien à l’enfance et à l’Intégration sociale (SSEFIS).
Dans les faits, Jennifer n’est plus prise en charge par la DRASS, ne bénéficie plus des aides à la cantine scolaire, ni des bourses. Vingt-deux familles réunionnaises, soutenues par les associations de malentendants RESO et OSER, se retrouvent aujourd’hui dans la même “panade”, sans plus d’explication, sans même un courrier officiel de la Commission départementale d’éducation spéciale (CDES), qui évalue le degré de handicap des enfants pour adapter leur prise en charge.
“Si le CDES a pris cette décision sans nous faire parvenir de courrier officiel, le Centre de ressources aurait au moins pu prendre le relais”, s’insurge Brigitte Prévost, qui a reçu comme seule réponse d’attendre la rentrée pour en savoir plus.

30% d’interprètes en moins

Une rentrée 2004 qui affiche une baisse de 30% du personnel interprète destiné à ces élèves souffrant de surdité. Depuis presque deux mois, Jennifer, Bertrand et les autres enfants assistent donc aux cours de philosophie, d’économie, ou encore de français dans l’incompréhension la plus totale. Frustrés, ils accumulent un retard dans leur cycle d’apprentissage.
Ils demandaient hier la mise en place d’un soutien scolaire pour combler ce retard et une réévaluation de l’effectif des interprètes. “J’ai envie de continuer”, affirme Bertrand qui a obtenu l’année dernière son bac STI avec mention bien, “mais seul, je ne comprends rien. Je m’assois jusqu’à la fin du cours, puis je sors sans avoir avancé plus que ça”. Face à une telle injustice, la révolte des parents ne se fait pas attendre.
Face à l’immobilisme et au manque d’anticipation institutionnels, Brigitte Prévost s’est adressée à Brigitte Hoareau, interprète pour le journal télévisé de RFO, le week-end. Cette dernière, affirmant qu’”il faut faire évoluer les choses dans le monde du silence”, s’est elle-même adressée à la députée Huguette Bello qui a interpellé la présidente du Département pour recevoir les parents, les responsables de la DRASS, de l’académie et du Centre de ressources. La chaîne de solidarité s’est engagée.
“On ne fait pas là de la politique politicienne. Ces personnes doivent être reconnues comme tous les autres enfants de l’académie”, soutient fermement la députée qui “regrette les pressions que le Centre de Ressources a faites aux parents pour qu’ils n’assistent pas à la réunion” d’hier.
“Créer aussi des structures dans le Sud”
Des parents, venus des quatre coins de l’île, pour s’unir et réclamer d’une même voix plus d’informations, plus d’implication et d’anticipation de la part des acteurs compétents, pour ne pas laisser leurs enfants gâcher leurs chances de réussite scolaire et sociale.
Le SSEFIS prévoit pourtant clairement la mise en place d’un projet pédagogique individuel pour ces enfants sourds et d’une cellule de concertation entre les principaux acteurs, mais jusque là rien n’a été fait. “Il faut que les choses changent pour nos enfants et ceux de demain”, interpelle un parent. “On ne peut pas imposer les choses comme ça, il faut se rencontrer et discuter”, lance un autre. “On n’est pas là pour tout critiquer, mais pour être reconnus et avancer ensemble”, ajoute encore une mère.
Beaucoup de parents sont désemparés comme cette maman de Cilaos, à qui l’on a imposé l’internat à son fils de 11 ans, car il n’y avait pas de place pour lui à Saint-Pierre, et qui aujourd’hui n’a personne avec qui communiquer. Un enfant en souffrance et une maman qui estime qu’”il est temps de prendre les choses à bras-le-corps, pour créer aussi des structures dans le Sud”.

Des promesses de solutions

Les représentants de la DRASS et du Centre de la ressource se sont maladroitement enfoncés dans des réponses laconiques, criant au manque de moyens, demandant du temps pour faire avancer les choses, sans conviction.
Huguette Bello, le représentant de l’académie et la présidente du Département ont quant à eux souhaité que ces parents repartent avec des réponses.
Avec le soutien de Brigitte Hoareau, Nassimah Dindar s’est engagée à pourvoir dans les plus brefs délais au manque d’interprète et à mettre en place une formation locale pour pourvoir aux besoins des élèves malentendants.
Le rectorat va mettre en place une cellule d’accompagnement pour les élèves du Sud et s’engage à “favoriser l’intégration individuelle”. Les parents sont décidés quant à eux à rester soudés et à s’organiser pour enrichir la réflexion.

Source : http://www.temoignages.re © – 02/10/2007 à La Réunion

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