Shylen Buntipilly – Au-delà de la surdité

Shylen Buntipilly est sourd mais il est aujourd’hui cuisinier dans un quatre-étoiles. Changer le regard de la sociétén tel est le but de la semaine de conscientisation de la
surdité organisée jusqu’à samedi.

Shylen Buntipilly, 22 ans, dans les cuisines de l’hôtel La Pirogue où il travaille.
Shylen Buntipilly, 22 ans, dans les cuisines de l’hôtel La Pirogue où il travaille.

Des 78 hommes et femmes qui s’activent chaque jour dans les cuisines de l’hôtel La Pirogue, à Flic-en-Flac, s’il y en est un qui se distingue, c’est bien Shylen Buntipilly. “Il est le plus populaire”, soutient le chef Gopalsamy Murday. Il paraît même que Shylen, 22 ans, est le “chouchou” des clients. Que certains reviennent à l’hôtel “uniquement pour le voir”. Il est vrai que vêtu de son habit de cuisinier, le jeune homme a plutôt fière allure. “Il est beau gosse, ça doit être ça”, glisse le chef en souriant avant d’ajouter : “C’est inné. Il y a quelque chose de particulier chez lui…”

Mais outre ce “quelque chose de particulier”, ce qui distingue aussi Shylen Buntipilly des autres, c’est son handicap. Le jeune homme est sourd profond. Un handicap qui ne l’a pas empêché pour autant de franchir une à une les étapes qui l’ont conduit aujourd’hui au poste de cuisinier dans un hôtel quatre-étoiles. Il en a parcouru du chemin depuis qu’il a quitté les bancs de l’école au Certificate of Primary Education…

“Les couteaux, le feu,
l’huile chaude…
je n’étais pas rassuré
et puis, je me suis
dit pourquoi
ne pas essayer.”

Après une scolarité plutôt chaotique (il fait, pendant des années, le va-et-vient entre le HEAR Institute de Curepipe et l’école des sourds de Beau-Bassin) deux de ses amis, Lyndsay et Ben, l’embauchent dans leur restaurant à Curepipe. Shylen a alors 15 ans. C’est avec eux que ce grand gourmand apprend les bases de la cuisine. “Ils l’ont très bien encadré. Ils l’ont formé et lui ont donné une base solide”, explique sa mère Monique. Shylen y restera un an et demi. Fort de l’expérience acquise, il lance alors sa propre affaire. Avec l’aide de sa famille, Shylen vend des mines (entre autres) dans une petite roulotte.

Le déménagement de la famille Buntipilly de Curepipe à Flic-en-Flac, un an plus tard, marquera un autre tournant dans la vie de Shylen. Il abandonne sa roulotte pour s’inscrire à l’IVTB. “Ce cours en cuisine a été une ouverture vers le monde de l’hôtellerie”, explique sa mère. Un pas de plus vers l’autonomie tant désirée par Monique Buntipilly pour son fils.

Car s’il est un rêve que Shylen Buntipilly a toujours chéri, c’est celui de travailler un jour dans l’hôtellerie. “Il nous demandait toujours s’il pourrait occuper tel ou tel poste”, se souvient sa mère. Si elle se voit dans l’obligation de lui dire “non” à plusieurs reprises, c’est qu’elle craint que Shylen ne puisse communiquer avec les clients. Rassurée par l’expérience de leur fils dans la restauration, toute la famille encourage alors Shylen dans cette voie.

Puisqu’il doit faire un stage dans le cadre de sa formation, ses parents font une demande auprès de l’hôtel La Pirogue. Ben Rommaldawo, assistant manager, s’en souvient. “J’avais été approché par le couple Buntipilly qui m’avait parlé de l’intérêt de Shylen pour la cuisine.” Craignant pour la sécurité du jeune homme, Ben Rommaldawo hésite. “Les couteaux, le feu, l’huile chaude… je n’étais pas rassuré et puis, je me suis dit pourquoi ne pas essayer. J’en ai parlé au chef et Shylen a intégré l’équipe comme apprenti .”

L’assistant manager, tout comme le chef, sont alors “agréablement surpris” par l’adaptation du jeune homme. Aujourd’hui, ils sont encore plus surpris de le voir parler aux clients lorsqu’il est de service au buffet. Car tous s’accordent à dire qu’il était timide lorsqu’il a débuté. “Il ne parlait que très peu”, se souvient Gopalsamy Murday. Aujourd’hui, ses collègues se moquent gentiment de lui en le surnommant “Shylen palab”.

“Je l’ai poussé à essayer de parler. Pour qu’il s’intègre et que les autres puissent le comprendre”, explique le chef Gopalsamy Murday. “Les autres”, Shylen les comprend en lisant sur leurs lèvres et à l’aide de gestes. L’appareil auditif qu’il porte ne lui permet de distinguer que quelques sons. “Les ordres du chef, il les comprend toujours mais quand on lui dit qu’il a oublié de faire la vaisselle, là il n’entend pas”, rigole un de ses collègues. Et puis, s’il ne comprend vraiment pas ce qu’on lui dit ou qu’il n’arrive pas à se faire comprendre, Shylen l’écrit. Sur un morceau de papier ou sur son téléphone portable via un SMS.

Sa progression à La Pirogue, Shylen dit ne la devoir qu’à son travail. “Je travaille dur. Très dur.” Sa mère ajoute : “Le fait d’être traité comme tout le monde et qu’on ne lui fasse pas de cadeau parce qu’il est sourd est pour beaucoup dans sa progression.” Une progression atteinte à force de persévérance. “Même quand il rentrait à la maison en pleurs, il n’a jamais abandonné. C’est ce message qu’il veut faire passer aux sourds : de ne pas se décourager. Même quand c’est difficile”, explique Monique Buntipilly. Une progression, il faut le dire, couronnée par de nombreuses récompenses au niveau de La Pirogue mais également au niveau national. En 2004, lors de l’International Chefs Day, il reçoit la médaille d’or du “most dedicated apprentice”.

Shylen ne compte pas s’arrêter là. Son rêve désormais : travailler dans un cinq-étoiles. Le sous-chef Michel Rayar pense qu’il a le potentiel pour y arriver. “Il capte vite ce qu’on lui explique. De plus, il est très concentré.” Concentration qui lui vient, selon sa mère, du fait qu’il est sourd et ne se laisse pas distraire par les autres. Indifférent au brouhaha qui règne en cuisine, Shylen Buntipilly poursuit son petit bonhomme de chemin.

Source : http://www.servihoo.com © – 24/09/2007

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