La main des sourds

Ce n’est pas la faute de ces sourds (Poème)

Les Sourds ( profonds) de naissance ou précoces n’ont pas choisi de l’être.

Ils ont maîtrisé leur surdité à leur manière,

Par leurs repères visuelles qu’ils règnent en maîtres.

Ils n’ont pas choisi leur famille déçue.

Ils l’ont aimée à leur manière

Pour qu’elle soit sans blâme.

Certains ont renoncé, leur amour trop méconnu.

Ils n’ont pas choisi l’éducation qu’ils ont reçue.

Ils l’ont réorientée à leur manière

Afin de ne pas subsister sans âme.

Certains ont renoncé, leur aphasie trop perçue.

Ils n’ont pas choisi de ne pas apprendre le français.

Ils l’ont bricolé à leur manière.

Certains ont renoncé, leur compréhension trop entravée.

Ils n’ont pas choisi de ne pas apprendre à parler.

Ils se sont accommodé à la parole, à leur manière.

Certains ont renoncé, leur voix trop nasale.

Ils n’ont pas choisi de ne pas comprendre la lecture labiale.

Ils se sont accommodé à ce moyen imparfait, à leur manière.

Certains ont renoncé, leur matière grise trop échauffée

Et leur vue trop embrouillée par des efforts indignes.

Celle, qui aurait pu être la 8ème Merveille du monde,

Emerge du brouillard sourd,

Délivre d’ardus tâtonnements,

Et réveille le bébé sourd

Qui n’a pas même deux ans.

Celle, c’est la langue des signes

Qu’Ils héritent ou adoptent, de leurs aînés.

Contre vents et marées, s’amène le message d’espoir :

Telle que la langue des signes,

Porteuse d’éternelles rites de tous temps ignorées,

A ceux qui daignent boucher leurs oreilles pour mieux la voir,

Découvrir leur passion de jongler les signes

Humoristiques, sérieux ou poétiques aux rythmes codifiés

Et respecter enfin leur surdité transformée en différence,

Afin de ne pas les laisser sombrer dans le désespoir tenace

A se référer aux Entendants et aux Parlants

Qui leur renvoient, avec conviction jamais démentie, du miroir,

Où le Sourd et l’Entendant se dévisagent en même temps,

Des reflets rigides de leur propre monde.

Dès lors des coups bas assenés à la langue des signes si incommode

Aux yeux de celui trop sensible à l’imperfection humaine sourde,

Ils se transforment en Seigneurs acharnés et impitoyables,

Afin de défendre leur héritage rempli d’Histoire des Sourds incroyables,

Sans lequel Ils ne sont plus rien, en devenant à nouveau des ombres.

La langue des signes triomphe, à nouveau, de tous fronts sombres

Et le bébé sourd, qui n’a pas même deux ans, éclate de rire.

Par Lydie Patin, Sourde profonde

Février 2003

Reproduction ou copie interdite sans autorisation de l’auteur, conformément à la loi en vigueur de protection des droits d’auteurs.

Merci à L.Patin pour info

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