La main des sourds

Entendez leur colère

Les sourds de La Réunion sont en colère. Hier, au cours d’une marche symbolique, du quartier de la Source au Conseil régional en passant par la Préfecture, ils voulaient montrer à La Réunion entière qu’être sourd ne signifie pas être sous citoyen. À bon entendeur…

Emmanuelle Boyer, porte-parole du mouvement.
Emmanuelle Boyer, porte-parole du mouvement.

La situation des sourds de La Réunion est plus que délétère. La communauté sourde déplore la non reconnaissance de leur statut particulier et exprime leur colère. Eux aussi ont le droit à la formation, à l’emploi. Aujourd’hui, le constat est consternant : 90% de la population sourde est illettrée. Le chômage touche 60% des sourds réunionnais. On peut aussi regretter la sous qualification de plus de 50% d’entre eux. Bref, les sourds veulent que l’on s’occupe de leur situation. Récemment, l’AGEFIPH (Association de Gestion du Fonds pour l’Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées) et le Conseil régional refusaient de financer une formation spécialement adaptée à leur handicap. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. L’accès à la formation qualifiante devient infranchissable pour les personnes sourdes, vu le refus redondant de la part des deux institutions. « Non à l’ignorance », « Non à la sous qualification », « Non à l’inaccessibilité à la formation », « Non à la discrimination », les slogans sont clairs. La Préfecture et le Conseil régional se sont vus remettre une motion exprimant le ras-le-bol de l’association des sourds réunionnais.

Pour sortir de l’échec scolaire

La loi du 11 février 2005, en son article 26, prône l’égalité des droits et des chances pour les personnes handicapées. Pour les sourds de La Réunion, il faut dénoncer cette attitude qui consiste à écarter les sourds d’un cadre d’étude adapté à leur handicap. Emmanuelle Boyer, porte-parole de ce mouvement de protestation, n’a que 17 ans, mais est fermement déterminée à aller jusqu’au bout de cette bataille, par amour pour sa famille, ses parents bien sûr, mais aussi pour tous les sourds réunionnais. Elle a quitté l’école en Seconde parce qu’elle était confronté à beaucoup de problèmes. Depuis peu, les jeunes sourds de La réunion sont scolarisés en milieu scolaire, un système d’intégration qui ne fait pas ses preuves d’ailleurs. C’est ce que dénonce la jeune fille, qui a surtout observé l’échec scolaire des jeunes sourds. Et son cas l’illustre doublement. Aujourd’hui, elle ne comprend pas que l’on ne finance pas une formation de l’association Deafrun, pourtant en phase avec les besoins de la communauté sourde réunionnaise, et souvent sollicitée par la Région Réunion. C’est pour sortir de cette spirale infernale qu’elle souhaite que l’on entende les revendications des sourds de La Réunion.

Au nom de la loi …

Aujourd’hui, la communauté sourde constate que « le système actuel n’encourage pas une vraie autonomie des personnes sourdes dans le cadre de la recherche d’un emploi. En matière de formation, les personnes sourdes n’ont aucune possibilité de choix pour s’inscrire à une action de formation adaptée ». L’association des sourds de La Réunion, qui regroupe plusieurs autres associations de sourds, rappelle que « le fait de négliger aussi bien la protection des droits des citoyens handicapés que l’amélioration de leurs chances constitue une offense à la dignité humaine », que la charte sociale européenne révisée (1996, art.15) stipule également que « les personnes handicapées ont le droit à l’autonomie et à la participation à la vie de la communauté ». Ainsi, les sourds de La Réunion demandent à l’AGEFIPH de « revoir sa décision pour que la personne sourde obtienne le droit commun relatif au choix d’accéder à la formation adéquate en matière de qualification ».

La Région à l’écoute de leurs difficultés

Une réflexion commune pour favoriser l’insertion

La Région Réunion a reçu ce jour la délégation de sourds et malentendants venus faire part de leurs difficultés à se former et à trouver un emploi. Bien qu’il existe des centres et des dispositifs de formations qui leurs sont accessibles (notamment le dispositif de chèque compétence permettant de financer un projet de formation individuel pour tout public demandeur d’emploi) et qui sont subventionnés par la Région, ce public a du mal à s’insérer dans le monde professionnel faute d’offres d’emplois adaptés. Ils souhaiteraient donc accéder à davantage de formations leur permettant d’exercer des fonctions de formateur ou d’accompagnateur pour les sourds et malentendants. Au terme de cette rencontre, la Région Réunion a proposé, dans un premier temps, de programmer dans les meilleurs délais une réunion entre la Région Réunion, l’Agefiph et l’Association de Sourds de La Réunion, afin d’identifier les besoins en formation qu’ils ont exprimé et leurs modes de financement (la Région Réunion et l’Agefiph étant les partenaires principaux de la formation pour les publics handicapés). Dans un deuxième temps, la collectivité régionale souhaite mettre en œuvre une réflexion globale avec tous les partenaires de l’insertion et de la formation professionnelle (Etat-ANPE, Conseil Général et Régional, organismes de formation…) et les associations de personnes sourdes et malentendantes afin de faire ensemble un état des lieux de la situation des sourds et malentendants à La Réunion et de bâtir un plan d’action concerté et cohérent qui permettrait de prendre en compte leurs difficultés et favoriser ainsi l’égalité des chances.

Source : http://www.temoignages.re – 18/07/2007 à La Réunion

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