Dans la langue du silence

0

Le festival Voimavoi permet aux jeunes sourds de s’exprimer sur la scène avec des entendants. Rencontre avec la metteur en scène

Répétition de « La famille », hier, sous la direction dIrène Dafonte
Répétition de « La famille », hier, sous la direction d’Irène Dafonte

Sur la scène du théâtre des Quatre Saisons, on entend surtout le bruit des pas. Depuis la régie en haut de la salle, Irène Dafonte règle les lumières. De la voix, traduite en gestes par une interprète en langue des signes pour eux et celles de 14 comédiennes et comédiennes sourds qui vont jouer ce soir « La Famille », spectacle qu’ils ont créé ensemble dans l’atelier théâtre de l’Institut nationale des jeunes sourds.
Certains parlent, d’autres pas. Pari difficile pour du théâtre ? « Non, pour moi, c’est une richesse, on travaille en deux langues », répond vivement Irène Dafonte. Peut-être parce qu’à son arrivée en France il y a quelques années, cette Espagnole ne parlait pas français et a commencé par le mime, elle a perçu très vite ce qui ne coule pas de source : « Pour les sourds qui pratiquent le langage des signes, le français est comme une langue étrangère. »
Partant de là, la création du spectacle de ce soir traduit aussi la forte volonté de l’INJS : « Il a fallu avoir toute l’année un interprète à disposition de l’atelier, et c’est formidable ! », souligne la comédienne. Histoire tout simplement de travailler comme n’importe quelle troupe amateur : « on a fait des improvisations autour d’un thème qui s’est dégagé dès nos présentations, celui de la famille. Je les ai réécrites et j’ai rajouté des textes d’auteurs comme Jean-Philippe Ibos, Martin Winckler et Joël Pommerat, « Cet enfant », sur le même sujet ».

Donner la parole à tous. Lecture en français, en LSF, mémorisation, travail sur la langue : un professeur de langue des signes est venu soigner, pourrait-on dire, la diction gestuelle des sourds et malentendants, mais aussi des comédiens entendants qui se servent aussi de la LSF dans la pièce. Comme un acteur qui parlerait par coeur une pièce en polonais.
Le spectacle n’est pas sous-titré, ni donné en traduction simultanée : « Dans chaque scène, on emploie les deux langages. C’est dans l’expression théâtrale qu’on le rend compréhensible par tout le monde ». Le secret ? « Des efforts pour être à l’écoute des corps, du ressenti de chacun, pour donner la parole à tous ». Les entendants, bien que plus nombreux dans la distribution, ont joué le jeu. Il y a même de la musique : « j’y tenais, dit Irène Dafonte. C’est un support de plus pour la mise en scène. Les sourds entendent au travers des autres, de leur façon de réagir à la musique. Celle-ci donne une ambiance, le public la perçoit et la retourne aux acteurs. Les sourds sont extrêmement attentifs à l’écoute des autres ».
Ce soir, ce sera au public d’être attentifs à cette troupe. C’est à partir de 20 heures, au théâtre des Quatre Saisons. Après eux, il y aura un spectacles professionnel, lui aussi destiné à tous les publics, tiré du « Petit Prince » par Maria Fitzi.

Source : http://www.sudouest.com -19/06/2007 à Bordeaux (France)

Écrire un commentaire

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.