La main des sourds

Les agents du fisc tendent la main

Quand ils ont entendu parler d’apprendre le langage des signes, Ghislaine et Arnaud ont tendu l’oreille. Aujourd’hui, ces agents sont chargés de l’accueil des sourds et malentendants à l’Hôtel des impôts de Saint-Brieuc.

Ghislaine et Arnaud ont appris le langage des signes afin de pouvoir accueillir et dialoguer avec les contribuables sourds ou malentendants.
Pas toujours simple de comprendre une déclaration d’impôts ou de se faire entendre de l’administration. Alors, quand on souffre d’un fort handicap de communication… « Il fallait qu’on trouve une solution », confie Jean-Claude Le Pivert, de la Direction des services fiscaux des Côtes-d’Armor : « Les sourds et les malentendants sont des contribuables comme les autres, avec les mêmes droits et obligations ». L’installation de boucles magnétiques (*) dans les locaux a constitué un premier pas pour améliorer l’audition des malentendants. Puis, « il y a six ans, on m’a demandé de recevoir les personnes souffrant d’un problème d’audition et des sourds, avec l’aide d’un interprète du Centre Jacques-Cartier de Saint-Brieuc. Aussi, quand on m’a proposé d’apprendre le langage des signes, je n’ai pas hésité longtemps », confie Ghislaine Metivier. Arnaud Monnier, lui aussi, a saisi l’occasion : « Comme je suis malentendant, je suis sensibilisé au problème, depuis mon enfance. Ceci dit, au départ, je me suis demandé comment m’y prendre car le langage des signes, c’est un monde que je ne connaissais pas du tout ».
« Il faut se lâcher »
Un monde étonnant que les deux fonctionnaires découvrent, au rythme d’une semaine par mois, d’avril à novembre 2006, dont quatre pour le langage général et deux semaines pour le fiscal. Sachant, précise Arnaud, que le vocabulaire des signes n’est pas le même que celui de la langue française : « Il faut qu’on transpose dans le langage courant ». Pas évident. Mais Ghislaine et Arnaud se sont pris au jeu : « C’est un tout ; c’est le corps qui parle, un mode d’expression corporel et gestuel avec les mains, le visage et le regard. En fait, il faut se lâcher, aller au plus profond de soi-même pour faire ressortir une émotion ».
Demandeurs d’une session de perfectionnement
Les premiers contacts avec les contribuables sont encourageants. « On espère que cela va se savoir et que les gens vont venir eux-mêmes faire leurs démarches. Car, souvent, une personne malentendante a tendance à déléguer à une personne de confiance et ne se déplace pas ». Ceci étant, les deux agents ne prétendent pas remplacer un « véritable interprète » : « Nous n’avons pas le niveau pour des conversations poussées. Par contre, ce que l’on a appris nous permet de dialoguer et de comprendre le problème des personnes qui viennent nous voir ». Quoi qu’il en soit, tous deux sont demandeurs d’une session de perfectionnement : « Il faut aussi qu’on pratique sinon on va perdre notre acquis. Pour cela nous avons des contacts avec des associations des Côtes-d’Armor ».
Discrétion
Un beau signe d’ouverture même si ces agents se doivent d’être discrets. Hors de question, en effet, de recevoir leurs visiteurs dans un box vitré, confidentialité oblige ; au cas où d’autres contribuables malentendants seraient dans la salle d’attente. * Système qui permet de supprimer les bruits de fond et améliore la réceptivité des appareils auditifs individuels.

Source : http://www.letelegramme.com -31/05/2007 à Saint-Brieuc (France)

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