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Sourds et malentendants sur les traces d’Ernest Shackleton

Entre octobre 1915 et mai 1916, Ernest Shackleton et ses compagnons écrivent dans le Grand Sud, l’une des plus belles pages de l’histoire des expéditions polaires. En 2004, une équipe de sourds et de malentendants mettent leurs pas dans ceux d’Ernest Shackleton à travers la Géorgie du Sud. Leur expédition ne se place pas sous le signe de l’exploit. L’enjeu est de briser les idées reçues à propos des sourds.

Les membres de l’expédition Endurance organisée par l’association des Montagnes du silence. Sur les vingt participants, six étaient des sourds ou des malentendants.
Les membres de l’expédition Endurance organisée par l’association des Montagnes du silence. Sur les vingt participants, six étaient des sourds ou des malentendants.

“Notre passion, c’est la montagne, notre handicap, c’est le silence. Nous avons réuni ces deux éléments dans « Les Montagnes du Silence », président de l’association, Daniel Buffard-Moret résume ainsi ce qui l’a poussé sur les traces d’Ernest Shackleton. Le projet Endurance se place dans le sillage de cette histoire mémorable. Les vingt membres de l’expédition dont six sourds français et suisses embarquent aux Îles Falkland pour une traversée d’environ une semaine, à bord de Tara. Cette goélette, dont la coque d’aluminium résiste à la pression des glaces n’est autre que l’ex-Antarctica, à bord de laquelle Jean-Louis Étienne a mené plusieurs expéditions polaires et l’ex-Seamaster de Peter Blake. L’expédition débarque en Géorgie, d’abord sur la côte sous le vent, exposée au nord-est. Cette île, possède une faune et une flore d’une richesse incomparable. C’est l’un des derniers écrins naturels et préservés de notre planète. Comme le souligne Paul Pellecuer, chef d’expédition et guide de haute montagne : “ La ressemblance avec le massif du Mont Blanc est frappante, avec son relief imposant et ses sommets déchiquetés. “ Après quelques trecks d’acclimatation, l’équipage de Tara dépose l’équipe des Montagnes du Silence sur la côte au vent, exposée sud-ouest, afin d’accomplir la traversée ouest-est de l’île sur les traces de Shackleton. La partie montagnarde de l’expédition représente quatre jours sur près de cinquante kilomètres à travers les hautes montagnes. “Physiquement, l’équipe des Montagnes du Silence était complètement affûtée pour les explorations terrestres par deux années de préparation, confie Daniel Buffard-Moret. Les six compagnons sourds français et suisses ont été plutôt sélectionnés en fonction de critères moraux ; quand on s’engage dans une telle aventure, l’esprit d’équipe et de camaraderie est de mise ! nous n’avons pas cherché à sélectionner des sportifs de haut niveau. Cependant tous ont été particulièrement préparés techniquement au travers de stage techniques voile ou montagne, l’objectif étant de préparer tous les participants aux conditions qu’ils rencontreront sur place. À l’inverse, les instructeurs non sourds ont suivi une initiation au langage des signes, chapeautés par les deux interprètes diplômés de l’expédition. Le but principal est justement de faire découvrir les hautes montagnes à tous les sourds et entendants, ensemble… C’est un terrain de haute montagne même s’il commence à l’altitude zéro. Là-bas la mer et les montagnes ont les mêmes rivages ! En raison du manque d’enneigement, nous n’avons utilisé les pulkas que pour l’exploration du glacier Cook et la route de Schackleton. Nous avons cependant réservé beaucoup de temps pour l’observation de la flore et de la faune spécifiques à la Géorgie du Sud. C’était le printemps, la nature était en pleine explosion. Une grosse remarque concernant l’état des lieux. Il n’y a pas de détritus, de pollutions visuelles. Mis à part les changements physiologiques dûs à la fonte des glaciers, le récit de Shackleton nous a paru étonnamment précis. C’est surprenant d’avoir cette précision alors qu’ils étaient dans l’urgence !” En matière d’aptitudes techniques, les sourds ont étonné les pros de l’aventure. Particulièrement en ce qui concerne l’utilisation de l’appareil qui permet aux secouristes de localiser les personnes ensevelies sous une avalanche. Grâce à leur acuité visuelle et leur concentration supérieure, les sourds ont fait montre d’une maîtrise stupéfiante de l’appareil. Luc, le photographe de l’expédition est revenu bluffé par l’expérience. “Les sourds ont tellement l’habitude de prendre sur eux, de supporter les difficultés du quotidien que nous ne pouvions pas nous plaindre. Personne chez les entendants n’aurait eu l’idée de râler, d’exiger. Chacun de nous avait envie de donner le meilleur de lui-même. Pas un canard boiteux, pas un conflit, pas de bouc émissaire, pas de tension entre les gens. En général une expédition tourne autour d’un homme, d’un ego. Cette fois, nous avons vécu tous ensemble, autour d’une seule idée.”

Alain Dupuis

Le programme Comme les années précédentes, le Festival du film d’aventures de la Réunion se partage entre le Nord et le Sud de l’île. Le jeudi 24 mai à Champ-Fleuri à Saint-Denis et le mardi 29 mai au théâtre Luc Donat au Tampon seront projetés à partir de 20 h, La main de Fatima, Le chemin des cimes et Voyage à 109 m. Le vendredi 25 mai à Champ-Fleuri et le mercredi 30 mai au Tampon, le public découvrira Marco étoile filante et Asiemut. Enfin le samedi 26 mai à Champ-Fleuri et le jeudi 31 mai au théâtre Luc-Donat Les montagnes du silence et le Piano des sables clôtureront le Festival. Le rectorat a relayé auprès des établissements scolaires des séances destinées aux élèves le 25 mai à 8h45 à Champ-Fleuri et le 31 mai à 9h et 14 h au théâtre Luc Donat. Les renseignements sur la programmation peuvent être obtenus auprès des théâtres. Fidèle à l’esprit du Festival, Christine Tézier, organisatrice du festival, a invité quelques-uns des aventuriers. À Champ-Fleuri et au Tampon ils viendront dialoguer et partager leur passion avec le public. Olivier Soudieux, Carole Soubiran et Guillaume Nery seront le 24 mai à Champ-Fleuri et le 29 mai au Théâtre Luc Donat. En 2003, Olivier Soudieux et Carole Soubiran ont parcouru 5 000 km à travers le massif de l’Himalaya de Zanskar en Inde à l’Everest au c ?ur du Népal. « Le film retrace les multiples facettes de ce périple riche en rebondissements ponctué à la fin de l’hiver par des ascensions à plus de 6 000 m, le fraternel accueil dans les villages et les monastères reculés », poursuit Christine Tézier. Guillaume Nery, titulaire du record du monde en apnée avec palme à 109 m évoquera sa conquête du monde du silence. Mélanie Carrier et Olivier Higgins seront les invités des soirées du 25 mai à Champ Fleuri et du 30 mai au théâtre Luc Donat. Ensemble ils ont parcouru 8 000 km à vélo de la Mongolie jusqu’en Inde, six mois et des milliers de coups de pédales en passant par le Xinjiang, le désert du Taklamakan, les hauts plateaux du Tibet et le Népal. Daniel et Françoise Buffart-Moret et Marc Vella animeront les projections du 26 mai à Champ-Fleuri et du 31 mai au théâtre Luc Donat.

Svalbard 2008

Dans le sillage de l’expédition Endurance sept jeunes sourds partiront l’an prochain à la rencontre des scientifiques qui travaillent sur le réchauffement climatique dans le cadre du programme européen « Damoclès ». Un parcours de plus de 800 kilomètres en traîneaux à chiens sur l’Archipel du Svalbard, territoire des ours polaires. Résolument orienté vers les jeunes sourds, Svalbard 2008 aura pour principaux objectifs la question de l’accessibilité des jeunes sourds aux études scientifiques, à la culture, aux enjeux environnementaux et à la cohabitation sourds/entendants. Le but de cette nouvelle aventure est de démontrer que les sourds sont parfaitement capables de s’emparer de métiers reconnus comme intellectuels et ce, grâce à la langue des signes et à une plus grande ouverture. Depuis les stages d’entraînement en juillet et septembre 2006, L’équipe des Montagnes du Silence accompagne ces jeunes sourds dans un périple qui les conduira des Alpes aux confins du Pôle Nord. Un programme pédagogique est mis en place. Trois liaisons directes avec des classes d’enfants sourds viendront appuyer une liaison pédagogique (suivi de l’expédition, sensibilisation à l’environnement, focus sur le monde polaire). L’objectif final est la création de DVD éducatifs spécialement étudié pour les jeunes sourds avec pour thèmes les régions polaires, le respect de l’environnement, les phénomènes climatiques liés à ces régions, etc… Comme lors de l’expédition « Endurance » en Géorgie du Sud, une équipe cinématographique suivra cette aventure pour la réalisation d’un reportage de 52 mn destiné à la télévision.

L’épopée de l’Endurance

En choisissant l’expédition Endurance comme figure emblématique de leur projet, Les Montagnes du Silence se réfèrent à l’épopée de Sir Shackleton. En 1914, deux ans après qu’Amundsen ait atteint le Pôle Sud, la Couronne Britannique décide d’envoyer Sir Ernest Shackleton dans le Grand Sud pour déposer une équipe sur la banquise de la mer de Weddel au Nord-Est de l’Antarctique. Elle doit tenter de traverser en traîneaux à chiens le continent glacial dans toute sa largeur jusqu’à la mer de Ross au sud de la Nouvelle-Zélande. Le voilier pris par les glaces, dérive pendant plusieurs mois avant d’être broyé le 27 Octobre 1915. Fin Novembre, les naufragés entreprennent de hâler les trois canots de sauvetage vers le Nord. Après la débâcle des glaces, ils remontent jusqu’à l’Île des Éléphants qui se trouve à l’extrême nord de la péninsule Antarctique. En Avril 1916, les naufragés de l’île des Éléphants s’épuisent, les conditions météorologiques sont très dures. Ils se trouvent dans une situation désespérée à 450 miles de mer du Cap-Horn qui est hors d’atteinte en raison des vents dominants venant de l’Ouest. Shackleton décide de rejoindre la Géorgie du Sud située à 1300 miles au Nord-Est. Il quitte l’île des Éléphants à bord d’un canot aménagé avec quatre hommes. Le 9 Mai 1916, ils débarquent sur la dangereuse côte Ouest de la Géorgie du Sud après une traversée d’un mois dans les océans les plus dangereux de la planète sur un canot de fortune, sans équipements. Le chef d’expédition, avec le plus valide des quatre marins entreprennent de traverser l’île par les montagnes sans aucune nourriture, ni matériel pour rejoindre l’une des bases baleinières situées sur la côte Est. Ils doivent traverser des glaciers et franchir des cols en haute altitude. À la suite, tous les membres de l’Endurance seront secourus. Paul-Émile Victor aimait à rappeler que s’il avait consacré sa vie à l’exploration des régions polaires, c’était pour avoir lu un jour la relation du voyage de Sir Ernest Shackleton à bord de l’Endurance, à ses yeux le plus beau récit d’aventures qui ait été publié au 20ème siècle.

Source : http://www.clicanoo.com © 20/05/2007

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