La main des sourds

Ado sourde-muette lâchement abusée

Son beau-père la caressait dès l’âge de 13 ans, son voisin la violait

De g. à dr.: le voisin accusé de viol et son avocat, Me Laurent Fischer, puis Me Philippe Dal Col et son client, le beau-père de Mathilde*.

Assise droite comme un «I» sur le siège qui l’attendait hier matin au Tribunal correctionnel de Vevey (VD), Mathilde*, une sourde-muette camerounaise âgée aujourd’hui de 18 ans, a tenu à être là. Pour raconter une énième fois son calvaire enfoui durant des années, à condition de ne pas être confrontée à ses deux agresseurs: son beau-père, un Vaudois de 62 ans, et un Sierra-Léonais de 30 ans. Le premier, en l’absence de sa mère atteinte du sida et aujourd’hui décédée, lui a fait subir des attouchements à deux ou trois reprises dès 2002, alors qu’elle n’avait que 13 ans, il lui a aussi montré des MMS sur son portable montrant des scènes pornographiques qu’il aurait souhaitées reproduire avec elle.

Murée dans le silence
Le second accusé est un voisin qui vivait dans l’immeuble de sa maman – séparée de son mari – où elle passait ses week-ends, après sa semaine en institution spécialisée. A deux reprises en 2004, cet Africain, qu’elle ne connaissait pas, l’a traînée de force dans son appartement avant de la violer sur le lit de son studio. La troisième fois, comble du sordide, elle lui a échappé parce qu’elle était avec son beau-père, son autre agresseur, qui lui a servi de protecteur.

Mathilde* a répété avec la même détermination ce qu’elle avait vécu, murée dans le silence, incapable de se défendre, incapable de hurler. Elle s’exprime avec le langage des signes qu’elle connaît désormais, quelques gémissements se font entendre quand la gêne du détail et le mal subit prennent le dessus, même si les années ont passé.

Le mari de sa maman a rapidement admis les faits, lorsque Mathilde n’a plus eu la force de garder le secret il y a un peu plus de deux ans. «Une question de survie», dira la psychologue à laquelle elle a tout déballé. Cinq jours de détention à l’époque et aujourd’hui, pour ce plâtrier-peintre de la Riviera, des remords, des problèmes de dos et le chômage. Autre système de défense pour le voisin de Sierra-Leone: l’ancien employé d’un prestigieux hôtel montreusien – licencié après sa détention préventive de 15 jours – conteste en bloc, malgré des preuves accablantes et une version de Mathilde sans variation.

Particulièrement remontée, la substitut du procureur Anne-Catherine Page n’a pas fait dans la nuance: «Sur l’échelle du viol, c’est un des plus graves que je connaisse. Il ne s’agit pas d’une jeune fille qui commence par dire non, mais qui boit encore un verre, qui est un peu consentante… Mathilde était une proie facile!» Elle a demandé l’arrestation immédiate du violeur, encore présumé, et requis cinq ans de réclusion. A l’encontre du beau-père, elle a exigé une peine de 15 mois assortie du sursis pendant deux ans. Jugement aujourd’hui.

Source : http://www.lematin.ch – 14/05/2007

Merci à P.Auger-Micou pour info

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