La main des sourds

Surdité: dépistage dès la naissance

C’est une première en France. Tous les acteurs de la santé et le conseil général de Haute-Loire se sont mobilisés pour que le dépistage de la surdité soit réalisé sur tous les enfants qui naîtront dans le département. Les pathologies qui sont liées à la surdité y sont en effet plus importantes qu’ailleurs.

Le postulat de départ est simple : « Les pathologies liées à la surdité sont plus importantes dans en Haute-Loire qu’ailleurs ». C’est ce que le docteur Paul Durand, porteur du projet et ORL au sein de l’hôpital Émile-Roux, a pu constater.
Le centre hospitalier possède une maternité qui assure près de 1 400 accouchements par an. Sur ce nombre de naissance, entre 1 et 6 enfants sont concernés par un problème de surdité. Pour comparaison, dans les familles sans antécédent, 1 enfant sur 1 000 naît sourd ; dans les familles à haut risque, 15 enfants sur 1 000 sont affectés.
« Il y a en Haute-Loire un certain nombre de maladies génétiques, explique le médecin hospitalier. Quand il y a moins de brassage, elles sont automatiquement favorisées. » Pour faire face à ces problèmes de surdité plus importants qu’ailleurs, un dépistage précoce s’est rapidement avéré fondamental pour le praticien.

Le développement cérébral passe par l’audition
Il a porté son bâton de pèlerin pendant quatre ans avant que le projet n’aboutisse : « Le dépistage est une notion assez récente, poursuit-il. A l’hôpital, on a tellement d’autres chats à fouetter que l’on a parfois du mal à prévenir plutôt que guérir ». Pour faire avancer son projet, il a, sur les conseils d’une MSA prête à l’aider, créé une association de médecins libéraux et hospitaliers, ADORA (1), vouée entièrement à la promotion du dépistage précoce de la surdité.
« C’est d’autant plus fondamental que le développement cérébral passe par l’audition. Plus la surdité sera décelée tôt – avant six mois – plus on pourra la prendre en charge et permettre à des enfants de grandir normalement grâce à des traitements adaptés. Aujourd’hui, la surdité n’est généralement décelée qu’après le premier anniversaire : c’est beaucoup trop tard ». Et de marteler : « Il faut éviter à des enfants un parcours de vie tronqué ».
Afin d’aider l’association dans son action et pour trouver les fonds d’un budget de 40 000 euros, la CPAM, la MSA et le conseil général se sont engagés à participer financièrement. L’hôpital Émile-Roux a mis, lui, à disposition le personnel hospitalier et s’est également engagé à acheter tout le matériel. « Nous avons testé le matériel et nous savons lequel nous allons acheter. Nous devrions le recevoir pour la mi-mai ». Ces tests seront effectués par l’équipe ORL entre le premier et le troisième jour de vie : « La technologie nous permet aujourd’hui de dépister un nouveau-né sans le réveiller : il n’est pas question de générer une douleur ou un quelconque stress ni chez l’enfant, ni chez les parents. C’est rapide et complètement indolore » (lire par ailleurs).
Une fois le test réalisé, le résultat sera consigné sur le carnet de santé de l’enfant, via un petit autocollant spécialement conçu à cet effet. Si une anomalie est détectée, un deuxième test sera réalisé. Si le test est de nouveau négatif, il sera réalisé un audiométrique complet pour le diagnostic précis de la surdité à six mois. Tous les moyens seront alors mis en place pour que l’enfant soit traité et puisse grandir normalement.

Comment ça se passe ?

Tous les enfants qui naîtront à la maternité de l’hôpital Émile-Roux seront dépistés selon un planning bien défini, pour ne laisser passer aucun enfant (jour de naissance jeudi, dépistage lundi ; jour de naissance vendredi, dépistage lundi et mardi ; jour de naissance samedi, dépistage mardi et mercredi ).
Le dépistage aura lieu l’après-midi, étant donné les mouvements importants dans les chambres des mamans au cours de la matinée, en accord avec les obstétriciens et les pédiatres. Il se déroulera dans la chambre même de la mère et de l’enfant. L’examen dure moins de dix minutes.
Pour les enfants hospitalisés en néonatalogie kangourou ou transférés en CHU, ce dépistage sera reporté à une date ultérieure qu’il faudra déterminer soit au moment de la sortie de l’enfant, soit en convoquant en consultation externe en ORL les enfants transférés et revenus à leur domicile sans repasser par l’hôpital Émile-Roux pour être testés.

Source : http://www.leprogres.fr – 03/05/2007

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