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Ile Maurice: Puiser sa force de sa surdité

L’histoire de Darelle, deuxième meilleure marcheuse de Maurice, pourrait inspirer les sourds comme elle mais aussi tous ceux que la vie a méchamment égratignés. Darelle, pour sa part, a choisi de tout faire pour mener une vie normale.

C’est tout simplement fascinant de voir les soeurs Calice communiquer entre elles. Danitza, la cadette des Calice, âgée de 18 ans, se met en face de son aînée de quatre ans, et remue les lèvres comme si elle parlait. Mais aucun son ne sort de sa bouche. Une lueur de compréhension passe alors dans les yeux de Darelle et c’est de la même manière que la sourde répond à sa soeur. Danitza prend ensuite une bonne inspiration avant de se mettre à traduire les réponses de Darelle.

Bien qu’ils y soient habitués, cet échange pas comme les autres ravit toujours autant leurs parents, Marylin et José Calice. “Au début, les gens qui voyaient cet échange muet pensaient que Danitza était aussi frappée de surdité. Et puis, ils ont compris que c’était la façon de communiquer des deux soeurs.”

Si Darelle n’utilise pas la langue des signes, ce n’est pas parce qu’elle ne la maîtrise pas. Au contraire, ses quatre années passées en France lorsqu’elle était enfant lui ont permis de suivre des cours de rééducation orthophonique et d’apprendre la langue des sourds. Mais à son retour au pays et dans l’optique de normaliser son existence, la jeune fille s’est débarrassée de son appareil auditif. “Elle avait peur d’être la risée des gens dans l’autobus”, précise Danitza. Et puis, elle estime que cette normalisation passe par la lecture des lèvres.

Darelle qui est très exigeante envers elle et envers les autres, est hors d’elle lorsque ses amis et connaissances sourds ne comprennent pas certaines expressions ne figurant pas dans la langue des signes qu’ils connaissent mais qu’elle maîtrise. “Par exemple, s’ils ne connaissent pas le terme ‘hypocrite’. Darelle va alors dire : ‘Ces sourds, ils ne comprennent rien à rien !’ en s’excluant du lot”, raconte sa mère en rigolant.

La surdité de Darelle n’a pas été découverte à sa naissance mais lorsqu’elle a atteint 11 mois. Ses parents avaient certes remarqué qu’elle ne répondait pas lorsqu’on l’appelait par son prénom et semblait absente. Mais ils ne s’en étaient pas inquiétés outre mesure. C’est une amie de la famille qui a une fille malentendante qui les a mis sur cette piste. Les examens par un oto-rhino-laryngologiste sont venus poser le diagnostic et les Calice ont préféré prendre un deuxième avis en France où vit la soeur de Marylin Calice. C’est là qu’ils ont eu la confirmation du handicap de leur fille.

Mémoire d’éléphant

Marylin et José Calice avouent avoir eu un choc. “C’était très dur psychologiquement d’accepter que notre enfant avait un handicap. Mais nous avons surmonté cela parce que nous sommes bien entourés. C’est ce qui fait notre force.” Marylin reste quatre ans à Paris avec ses filles. Mais José ne peut prolonger son congé sans solde au-delà de deux ans. Il rentre donc seul.

Darelle qui suit assidûment ses cours de rééducation orthophonique, fait d’énormes progrès. Tant et si bien qu’elle ne veut pas rentrer à Maurice lorsque sonne l’heure du retour. Mais obligation fait alors loi Placée au Hear Institute de Curepipe, Darelle, qui a une grande capacité de mémorisation, suit le programme d’études jusqu’au Certificate of Primary Education qu’elle réussit. Comme il n’y a pas d’école secondaire pour sourds, elle est obligée de rejoindre une école dite normale et intègre le collège Patten à Rose-Hill. Placée avec des enfants normaux, elle ne parvient pas à suivre le rythme d’enseignement. De ce fait, elle ne va pas au-delà de la Form II.

Pour occuper ses journées, elle se met à accompagner au stade sa cousine, Nathaniel Calice, qui fait des courses de fond. À force de la voir s’exercer, Darelle se met en tête de faire du sport. Elle explique qu’elle voulait briller à sa manière et que n’ayant pas réussi à le faire académiquement, c’est vers le sport qu’elle s’est tourné.

Darelle s’essaie aux courses de vitesse, à la natation, au handisport et dans les derniers temps, aux courses d’endurance et à la marche. Elle ne s’épargne aucun effort, s’entraînant quatre fois la semaine au stade Maryse Justin de Réduit et le dimanche à Flic-en-Flac. Sa persévérance est payante. Elle fait parler d’elle dans les médias à plusieurs reprises.

Elle est la deuxième gagnante du Guiness stout Effort Award de 1999 et est élue meilleur espoir féminin de Beau-Bassin-Rose-Hill en 2001. L’année d’ensuite, elle décroche l’Oscar du meilleur athlète handisport de la ville.

Source : http://fr.allafrica.com – 29/03/2007

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