La main des sourds

Une autre langue pour chanter

L’Inouï music-hall à l’IVT

L’Inouï music-hall est une « revue de chansons en langue des signes française », un spectacle de chansons par des sourds. Celui-ci est né de la collaboration entre l’International Visual Theatre d’Emmanuelle Laborit et le Hall de la chanson, deux institutions également passionnées et militantes. Serge Hureau, du Hall de la chanson, a guidé les comédiens sourds dans l’appropriation d’un répertoire à la fois classique et lettré. Avec Philippe Carbonneaux, de l’IVT, il les a mis en scène dans l’argument classique d’une répétition de spectacle de music-hall, ce qui permet toutes les libertés de jeu tout en suscitant un étonnant personnage de directeur de compagnie, incarné par le savoureux Levent Beskardès.

Sur scène, trois musiciens jouent fort, parfois même très fort : Claude Barthélémy (guitare), Christian Lété (batterie) et Olivier Lété (basse) pratiquent un jazz électrique lyrique, enflammé, hendrixien, qui s’accorde magnifiquement avec le jeu expressionniste des comédiens. De la chanson réaliste à Brassens, de Piaf à Antoine, du Grand Orchestre du Splendid à L’Hymne des femmes (le chant féministe des années 1970 que l’on n’avait plus entendu depuis des lustres et qui trouve ici une interprétation magnifique), les chansons « signées » couvrent un large éventail de styles et d’intentions que les huit comédiens sourds (dont Emmanuelle Laborit, tant que sa grossesse le lui permet) incarnent avec une liberté et une ferveur surprenantes. De la stricte transcription en langue des signes (Comme un moineau par Chantal Liennel) à un art proche du mimodrame (Kheira Lamada dans Marquise), l’approche de la chanson par la seule expression du corps est une expérience singulièrement parlante, même lorsqu’il s’agit de chansons écrites par les comédiens directement en langue des signes (Julien Lours et Isabelle Voizeux). On redécouvre, dans ce contexte neuf, une évidence soudain éclatante : les chansons les plus émouvantes sont les mêmes, qu’elles soient chantées ou « signées ». Ainsi le jeu très théâtral de Salima Zerdoum dans Ma plus belle histoire d’amour c’est vous, la composition courageuse de Bachir Saïfi dans Comme ils disent, l’énergie et la sensualité d’Emmanuelle Laborit dans Déshabillez-moi ou dans L’Homme à la moto sont des interprétations à la pleine hauteur des originaux.

International Visual Theatre, jusqu’au 7 avril. Tél. : 01 53 16 18 10 et www.ivt.fr

Source : http://www.lefigaro.fr – 19/03/2007 à Paris (France)

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